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« Si nous nous obstinons à concevoir notre monde en termes utilitaires, des masses de gens en seront constamment réduites à devenir superflues. » Hannah Arendt
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La presse de plus en plus libre !
De 1944 à aujourd’hui...

Programme National de la Résistance. 1944.
Tout mettre en oeuvre pour assurer "la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’Etat, des puissances d’argent et des influences étrangères".

2007.
On sait que les trois premiers groupes de presse français appartiennent à des sociétés privées de travaux public et d’armement, sociétés qui vivent pour une part importante des commandes de l’Etat.
Indépendance.
On sait également que Bouygues, Lagardère, Bolloré, Dassault et Arnault, les principaux propriétaires de presse, sont tous les cinq des amis de Sarkozy.
Indépendance.

Du nouveau sur ce front-là.
Sous le titre "Une banque à l’assaut de l’information régionale", un article paru sur le site http://lucky.blog.lemonde.fr  :

" Peu de gens se sont encore inquiétés que le Crédit Mutuel, qui est déjà maître de l’ « Est Républicain », envisage carrément de racheter cinq autres quotidiens dans la même grande région (« Le Progrès », « Lyon Plus », « Le Dauphiné Libéré », « Le Bien public », « Le Journal de Saône et Loire »).

Consultez une carte géopolitique de la presse quotidienne régionale, et vous constaterez vite qu’il s’agirait d’un gigantesque territoire à l’Est de la France, de l’Alsace au Dauphiné, qui vivrait sous le régime du monopole, où les lecteurs ne seraient pas prêts de lire une quelconque critique sur le Crédit Mutuel, sans parler de ses clients, actuels ou potentiels, partenaires et fournisseurs.

Les milieux altermondialistes ne sont pas encore avisés de cette financiarisation de la presse régionale, dont le pluralisme est pourtant un substrat indispensable de toute démocratie décentralisée. Ce manque d’attention citoyenne est une terrible lacune.

Le ministère de l’économie avait évidemment donné son accord à ce rachat massif. Or on apprend aujourd’hui qu’hier mercredi 31 janvier 2007, le Conseil d’Etat a annulé l’approbation du ministère. Mais attention, il ne s’agirait pas de faire obstacle à l’opération de concentration envisagée, mais seulement d’obliger le ministère à modifier sa copie. Donc, le danger persiste.

Curieux ce goût du Crédit Mutuel pour l’information de proximité. Dernièrement, on apprenait qu’un très grand quotidien de l’autre côté ouest du pays (le plus grand quotidien français sinon francophone par l’audience, à la tête d’un grand groupe de presse récemment concentré lui aussi) venait d’embaucher au plus haut niveau possible de son organigramme un cadre éminent du Crédit Mutuel.

Seul les naïfs et les lecteurs de la presse complaisante croient que cette banque appartient encore culturellement au monde mutualiste, c’est-à-dire au fameux secteur de l’ « économie sociale et solidaire ».

Il faut savoir ce qu’est au juste une banque régionale. Grâce à son entregent politique, il ne lui est jamais difficile de prévoir les modifications à venir du PLU (plan d’occupation des sols) qui créent fortuitement des terrains constructibles. Il suffit alors de faire jouer une filiale immobilière de la banque, qui échappe d’ailleurs généralement au périmètre de compétence et de surveillance de ses élus syndicalistes.

Autre exemple. Qui expliquera la vulnérabilité des offices HLM ? Souvent issus du mouvement associatif de gauche et du christianisme social, plusieurs d’entre eux se sont dangereusement endettés après 1981. Il suffisait aux banques appelées à éponger d’imposer que leurs hommes soient placés en majorité dans les conseils d’administration HLM. C’est ainsi que des parcs de dizaines de milliers de logements pouvaient tomber de fait dans l’escarcelle d’une banque, sans que cela ne se sache. De cela personne ne parle. On préfère gloser sur le pourcentage de logements sociaux par commune, vrai problème et vaste rideau de fumée, qui occulte le népotisme effrayant dont souffrent les locataires HLM et ceux qui attendent dehors sous la tente. Qui s’avise que le prolétariat français souffre très cruellement d’un véritable régime d’ « assignation à résidence » dans les cités, à la discrétion des décideurs, situation humiliante digne de la société brejnevienne, le favoritisme en plus ? (Encore un problème crucial, largement ignoré par les classes moyennes, mêmes altermondialistes.)

Un autre monde est possible, mais il faudrait d’abord vraiment décrire l’actuel, et ses coulisses. "

http://lucky.blog.lemonde.fr