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Le point du Conseil d’Orientation des Retraites
Son dernier rapport brise quelques idées reçues.

Le Conseil d’Orientation des Retraites (COR) vient de rendre son quatrième rapport, « Retraites : questions et orientations pour 2008 ».

Il contient d’excellentes synthèses sur certains sujets liés aux retraites, à l’emploi des travailleurs de plus de 50 ans (dits "seniors"), aux niveaux de vie respectifs des actifs et des retraités.

Il balaye du coup quelques idées reçues souvent produites par nos médias sur l’aisance des retraités, sur les "seniors qui s’accrochent à l’emploi", etc. (Et a logiquement agacé les personnes militant pour des réformes brutales et archi-libérales de notre système de retraite.

Tous les paragraphes suivant sont des citations de ce rapport.

Montants moyens de retraite des hommes et des femmes

Les retraités âgés de 60 ans ou plus, nés en France et bénéficiaires d’au moins un avantage de droit direct versé par un régime de base, disposaient en 2004 d’un montant total de pension égal en moyenne à 1 296 euros par mois. [...]

Avec 1 020 euros par mois en moyenne en 2004, les femmes disposaient d’un montant de retraite inférieur de 40 % à celui des hommes (1 636 euros).

Comparaison du niveau de vie des ménages d’actifs et de retraités

Le revenu disponible d’un ménage comprend les revenus d’activité, les revenus du patrimoine, les transferts en provenance d’autres ménages et les prestations sociales, nets des impôts directs.
En 2004, il représentait en moyenne 23 008 euros pour les ménages de retraités, soit un montant inférieur de 30% à celui des ménages d’actifs (32 812 euros en moyenne). [...]

Les revenus du patrimoine recensés dans les données fiscales sont plus élevés en moyenne pour les ménages de retraités que pour les ménages d’actifs (respectivement 1 747 euros et 854 euros en 2004). Le niveau de vie moyen hors revenus du patrimoine des ménages de retraités était ainsi inférieur de 14% à celui des ménages d’actifs en 2004 (respectivement 15 617 euros et 18 076 euros). L’écart de niveau de vie moyen était, comme indiqué précédemment, de 10% en intégrant les revenus du patrimoine appréhendés par la source fiscale. [...]

Entre 1970 et 1996, le niveau de vie moyen des retraités a beaucoup augmenté et l’écart avec le niveau de vie moyen des actifs s’est nettement réduit... [...]

Cette tendance s’est interrompue entre 1998 et 2003, période pendant laquelle les évolutions de niveau de vie ont été plus favorables aux actifs qu’aux retraités. Alors que le niveau de vie des actifs a progressé en euros constants de près de 10% (moyenne comme médiane) au cours de la période, celui des retraités a augmenté de 5,9% pour la médiane et de 7,3% pour la moyenne. [...]

L’examen de la situation des ménages les plus modestes renvoie en particulier à la question de la pauvreté. Or, l’ensemble des indicateurs de pauvreté monétaire fait apparaître une augmentation de la pauvreté des personnes âgées en 2002 que les données plus récentes ne remettent pas totalement en question et dont l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale s’est fait l’écho dans son dernier rapport 2005-2006. [...]

Emploi des personnes de plus de 50 ans

Parmi les pays européens, la France se caractérise par l’un des plus faibles taux d’emploi des personnes âgées de 55 à 64 ans : 37,8 % contre 42,5 % pour l’ensemble de l’Union européenne en 2005. [...]

Une étude de l’INSEE montre en effet que les probabilités de sortie de l’emploi, que ce soit vers le chômage, la préretraite, la retraite ou toute autre forme d’inactivité sont importantes avant 60 ans [...] En revanche, la probabilité d’un mouvement symétrique du non-emploi vers l’emploi devient pratiquement nulle au-delà de 56 ou 57 ans.
Pour les femmes, cette probabilité chute moins en fin de carrière que pour les hommes, vraisemblablement parce que le retour à l’emploi après 50 ans est, en ce qui les concerne, davantage une nécessité pour continuer à accumuler des droits à la retraite qu’un choix, ce qui les conduit à accepter plus souvent des emplois moins qualifiés ou à temps partiel. [...]

Avec un taux de chômage moyen de 6,7 % en 2005, contre 9,8 % pour l’ensemble de la population, les personnes âgées de plus de 50 ans apparaissent moins touchées par le chômage. Toutefois, dans la mesure où il ne tient pas compte de la plupart des personnes qui sont dispensées de recherche d’emploi et qui, pour une part d’entre elles, auraient néanmoins souhaité continuer de travailler, ce taux ne permet pas d’apprécier complètement la situation des seniors sur le marché du travail.
Si environ 600 000 demandeurs d’emploi étaient âgés de 50 ans ou plus fin décembre 2005, 400 000 autres personnes dans cette tranche d’âge, bénéficiaires du régime d’assurance chômage ou du régime de solidarité chômage, étaient également sans emploi mais dispensées de recherche d’emploi. [...]

S’ils sont moins exposés que les plus jeunes au risque de perte d’emploi, une fois au chômage, les seniors ont plus de difficultés à en sortir, même quand la situation économique s’améliore. Les chômeurs de plus de 50 ans sont majoritairement des chômeurs de longue durée. Ce désavantage lié à l’âge est particulièrement net lorsque l’on observe le chômage de très longue durée (deux ans ou plus) qui concernait en 2005 environ 40 % des chômeurs quinquagénaires, contre environ 20 % des chômeurs plus jeunes. [...]

Les réformes des retraites (en 1993 et en 2003) et le durcissement des conditions d’accès aux dispositifs de préretraites sont les principaux leviers de cette politique [d’incitation à l’emploi des "seniors"]. Jusqu’à présent, l’impact de cette politique sur l’emploi a été limité.
Les départs en préretraite dans le cadre des dispositifs publics ont fortement diminué, mais ils ont été notamment compensés par l’augmentation des dispenses de recherche d’emploi (DRE) dont peuvent bénéficier les chômeurs âgés sous certaines conditions à partir de 55 ans et sans condition à partir de 57 ans et demi. [...]

Si l’on observe une diminution des ruptures liées à l’âge en raison d’un durcissement de la législation, on assiste dans le même temps au développement d’autres modes de rupture du contrat de travail, plus souples et moins onéreux pour les employeurs, comme les licenciements pour motifs personnels assortis d’une transaction. Parallèlement, certaines entreprises continuent à mettre en œuvre leurs propres dispositifs de préretraite, malgré les pénalités financières instituées par les pouvoirs publics. [...]

Depuis 1999, date à laquelle son accès a été élargi sous certaines conditions aux chômeurs d’au moins 55 ans, le nombre de dispensés de recherche d’emploi (DRE) progresse régulièrement. Inférieur à 300 000 en 1998, le nombre de DRE dépasse aujourd’hui 400 000. [...]

A partir de 55 ans, les reprises d’emploi chutent et concernent moins de deux personnes sur dix, compte tenu des dispositifs de retrait anticipé de l’activité. Les sorties du chômage pour entrée en formation diminuent également très sensiblement à partir de 55 ans. [...]

En 2004, quand ils ont repris un emploi, les chômeurs de plus de 50 ans ont obtenu plus souvent des contrats précaires (43,1 %) que des contrats à durée indéterminée (34,1 %). C’est la proportion de contrats aidés qui les a distingués principalement des plus jeunes (13,1 % contre 6,4 %). En outre, ils ont occupé plus souvent des emplois à temps partiel d’assez courte durée (22,8 % ont eu des contrats de moins de 20 heures contre 12,1 % pour les moins de 50 ans). [...]

On estime aujourd’hui que seulement 40 % des salariés qui liquident leur retraite étaient en emploi l’année précédente (contre 60 % en 1983). [...]

Rapportés à leur poids dans l’emploi, les plus de 55 ans étaient 1,5 fois plus souvent exposés aux licenciements économiques que l’ensemble des salariés. Ils étaient aussi 1,3 fois plus concernés par les licenciements individuels. [...]

Une des causes de la forte ancienneté de chômage des seniors est liée à la réticence des employeurs à recruter des salariés âgés. [...]

La très grande majorité des entreprises interrogées (82 %) a procédé à des mises en préretraite et départs anticipés au cours des dernières années et elles restent nombreuses (39 %, dont 70% au sein des très grandes entreprises) à envisager dans le futur de mettre en place des dispositifs facilitant ces départs anticipés. [...]