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Extraits de la transcription d’un entretien avec Maurice Kriegel-Valrimont, ancien membre du Conseil National de la Résistance.

Entretien réalisé par François Ruffin pour l’émission Là-bas si j’y suis, France-Inter, 2 mars 2006.

« François Ruffin : En 1944, la France est à genoux, 74 départements ont servi de champs de bataille, la production industrielle ne représente que 29 % du niveau de 1929. Les recettes fiscales couvrent à peine 30 % des dépenses publiques, la dette nationale a quadruplé. Et donc, c’est dans ce contexte là – vous, vous êtes complètement inconscient, vous voulez encore plus mettre la France à genoux ! –, c’est dans ce contexte là que vous décidez qu’il faut mettre en place une sécurité sociale et des retraites... Mais on a dû penser que...

« Maurice Kriegel-Valrimont : Mais c’est exactement ce qui s’est passé. Il ne faut pas croire qu’à l’époque, il n’y ait pas eu de gens qui nous ont dit ce que vous venez de dire ! Ils nous ont dit “Vous êtes fous” C’était bien pire que ça : la France n’avait plus de ponts, le France n’avait plus de charbon, la France n’avait plus d’acier, la France n’avait plus d’énergie. Bien. C’est vrai que c’était à peine concevable. Bien. Nous sommes passés outre, tout bonnement. Nous sommes passés outre et nous avons fait les choses.

« Alors là, la preuve a été faite, “l’investissement social est un investissement économique formidable ” ! Et c’est vrai, je n’ai aucune hésitation à le dire, les trente glorieuses n’auraient pas été possibles si nous n’avions pas fait cette législation sociale. Historiquement, la chose est démontrée. On pouvait discuter avant, mais historiquement, on ne peut plus en discuter. “C’est grâce à la législation sociale que les progrès ont été accomplis.”

« Ça veut dire une chose d’une simplicité puérile : les gens qui vivent sur le dos des autres, les gens qui bénéficient du travail des autres, les gens qui exploitent les autres, ils n’ont pas de scrupules ! Ils sont capables de charité, mais le fond de leur attitude est de croire que, pour vivre, pour que l’humanité fonctionne, il faut qu’il y en ait qui profitent et d’autres qui subissent.

« François Ruffin : Et donc, vous, vous dites, aujourd’hui, où on vient nous dire : le poids de la dette publique française, selon les nouvelles normes internationales, a doublé, etc., vous, vous dites que ce n’est pas une raison pour ne pas conquérir de nouveaux droits sociaux ?

« Maurice Kriegel-Valrimont : Je dis plus que ça. Je dis que, dans toute une série de domaines, le fait de donner, de garantir ces droits sociaux, résout le problème posé. Je dis que, si on passait de, en fait sept millions de gens qui sont hors du circuit du travail, ce qui est le cas, si on passait simplement à deux millions de gens, le problème serait résolu. »

L’intégralité de l’entretien est publiée à l’adresse http://www.la-bas.org/article.php3 ?id_article=966