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Adieu donc au fonds documentaire de feue la FNG

Quelques nouvelles, après celles que nous donnions en janvier, de ce fonds documentaire, unique, précieux, qui était celui de la feue Fondation Nationale de Gérontologie. Qui malheureusement confirment ce que nous écrivions.

Le constat étant particulièrement amer.

C’est une Secrétaire d’Etat aux personnes âgées (une certaine Laurence Rossignol) qu’on entend répondre, lors d’un salon geronto., à une question sur le devenir de ce fonds documentaire : "En quoi est-ce que ça me concerne ?"

Ce sont des médias généralistes qui, comme d’habitude sur le sujet, n’en parlent pas...
Plus étonnant, silence aussi de la majorité des médias "spécialisés géronto".
Faut-il vraiment le regretter ? Car quand ils en parlent, c’est pour se faire, comme souvent, les porte-parole du ministère, avec un discours type : "tout va bien, y’a rien à voir, les têtes dirigeantes s’en occupent". On a vu comment...
Ah, ça, nos médias, ils "sont Charlie" et pour la liberté d’expression !... tant qu’il ne s’agit pas de s’en servir contre leurs maîtres...

(Les mots) C’est un gouvernement qui affirme qu’il "adapte la société aux personnes âgées" mais qui ne cesse de reporter la loi censée (pour lui) le (mal)faire.
(Les actes) Et qui supprime la FNG. En y mettant à peu près la même délicatesse et le même respect pour les salarié-e-s et usagers que n’importe quel fonds de pension quand il ferme une usine.

Certes, la FNG, notamment grâce à l’inaction active de sa directrice [une certaine Françoise Forette, ou ce qu’on peut faire de plus caricatural dans le style grande bourgeoise - cheffe de service hospitalier - hyper conservatrice, se servant de la Fondation pour servir ses intérêts et ceux des copains, dont nombreux pataugent entre extrême-droite et labos pharmaceutiques] la FNG, donc, n’était pas très brillante, mais il était facile, avec de la volonté, de profiter de tout ce qu’il y avait de meilleur en elle - je pense au fonds documentaire, mais aussi aux recherches, aux actions comme Lettres à, au Prix Chronos, etc – pour en faire un centre gérontologique de recherche et d’actions de référence.
(Il aurait aussi fallu pour cela, au-delà de la volonté, une vision de la politique gérontologique estimant que les sciences humaines seraient aussi intéressantes pour les vieux que Legrand, Orange et autres Cie de la silver-economy...)
( Penser les gérontechnologies aussi intéressant que les vendre ! Mais où vivez-vous !!??)

Et que la fossoyeuse de la FNG (Paulette Guinchard) soit gérontologiquement respectable ne change rien à la saleté du boulot qu’on lui a fait faire là.

Ce sont des universitaires qui semblent un peu s’intéresser aux ouvrages mais n’avoir que peu d’intérêt pour les usagers , puisqu’ils dédaignent semble-t-il la solution hors-sérail qui permettrait pourtant de maintenir le fonds accessible à toutes et à tous.
(Voir ci-après le communiqué de la ccopérative effiscience)

Ce sont les grandes fédérations (Fnadepa, Adhepa, UNA and Co) des professionnels du secteurs qui n’ont visiblement pas dit un mot sur le sujet. Indifférence complète. Pourtant, ne sont-elles pas les premières à confirmer que quand les professionnel-le-s qui travaillent dans les établissements ou à domicile ont fait des recherches, des mémoires, des lectures [une partie d’entre elles se faisaient à la FNG], et poursuivis des réflexions sur leur métier, la qualité du prendre-soin est décuplée.

C’est le CNRPA, qui décidément, d’année en année, ne parvient pas à être autre chose qu’un machin absolument inutile. Mais faute d’une quelconque efficacité dans l’action, il pourrait au moins avoir le courage de l’ouvrir de temps en temps, par exemple pour s’alarmer de ce que signifie la disparition de la FNG et de son fonds documentaire...

Idem pour les "aînés ruraux", qui en 2013, rappelez-vous ça valait le détour, changeaient de nom pour s’appeler "Générations Mouvement" afin de "relever le défi d’un nouveau dynamisme". Il est donc bien silencieux, leur "nouveau dynamisme".

Bref, ce sont la quasi totalité de ceux qui auraient dû s"indigner et agir qui ne le font pas. (Et je préfère ne même pas penser à celles et ceux qui ont attendu, comme des charognards, la mort de Geneviève Laroque, pour dépecer ce qu’elle maintenait vaille que vaille)

On peu donc commencer à parler au passé : il existait en France un lieu unique, au service de la gérontologie, permettant à toute personne, étudiant, chercheur, professionnel du secteur, journaliste, curieux, etc., de se baigner dans un fonds également unique et de bénéficier de l’aide toujours efficace et serviable des documentalistes.
Il n’en existe plus. Après tout, les questions liées au vieillissement et à la vieillesse, ça concerne tellement peu de monde...

— 

Pour information : ci-dessous, le communiqué d’une coopérative qui avait proposé, y compris seulement provisoirement, le temps d’une meilleure solution, de maintenir le fonds et sa disponibilité :

" Exclusion programmée des professionnels du social et médico social du fonds documentaire de la FNG

L’unique fonds documentaire pluridisciplinaire sur le vieillissement est menacé de dispersion. L’immeuble de l’AP-HP, où il reste stocké, sera démoli en Juin 2015 et tout ce qui s’y trouvera à l’intérieur. Pour rappel le fonds documentaire est composé de 2 829 mémoires, 1 035 thèses, 7 951 ouvrages, 5 031 numéros spéciaux de revues (300 titres) et autres fascicules, 160 actes de congrès publiés dans une revue, 2 567 communications à des congrès, 6 470 rapports et brochures divers, 600 dossiers thématiques, une médiathèque unique en France de 1 430 références, ce qui représente 712 mètres linéaires !

Pour résoudre ce problème un groupe, constitué d’universitaires et de professionnels, s’est réuni en 2014 rendant un avis sur trois propositions.

Trois solutions ont été en effet proposés à cette époque :

- celle de la coopérative EFFISCIENCE proposée en février 2014 mais qui a été écartée par le groupe de travail car… structure non universitaire, (alors que la coopérative avait déjà la solution : local de 250 m² situé à 55 mn de la gare Montparnasse),

- celle de l’EHESP qui ne souhaite récupérer que 20 % du fonds, au plus,

- et enfin celle de l’EPHE qui a comme projet d’intégrer le fond dans le Grand Ensemble Documentaire (GED) du futur Campus Condorcet vers ….2019 au plus tôt.

La proposition des professionnels (EFFISCIENCE) offrait l’avantage non seulement d’accueillir immédiatement la totalité du fonds sur un site unique mais aussi de permettre aux professionnels ET aux universitaires d’intégrer de par son statut coopératif la structure à égalité et donner la parole à la fois aux chercheurs mais aussi aux professionnels du secteur social et médico-social, nouant ainsi un dialogue entre les différents milieux qui ne se connaissent pas forcément.

Aujourd’hui, le groupe de professionnels et d’universitaires n’existe plus à la surprise des intéressés. Par contre un nouveau groupe de travail, constitué de l’EHESP, l’EPHE et de l’INED, a pris les commandes sans demander l’avis aux professionnels et aux universitaires.

En Janvier 2015 du fait de l’urgence de la situation car toujours pas résolue, la coopérative EFFISCIENCE a, à nouveau, proposé un local à ce groupe de travail, cette fois de 350 m² ainsi que la possibilité de sauver immédiatement les 8.000 livres dans les locaux de la coopérative en attendant de trouver une solution. Ces deux propositions ont été une nouvelle fois rejetées.

La seule solution de ce groupe (appuyé par le ministère de Laurence Rossignol ?) semble la dispersion du fonds documentaire dans les différentes universités de France et de Navarre rendant ainsi les ouvrages non accessibles et non empruntables par les professionnels non universitaires. Le groupe de travail aurait-il oublié que ce sont ces mêmes professionnels, rejetés et exclus du débat, qui fournissent des stages aux étudiants permettant la validation des diplômes ?! et d’ailleurs, quelle est la légitimité de ce groupe de travail pour décider de l’avenir du fonds documentaire de la FNG qui « n’appartient » pas seulement aux universitaires mais aussi aux professionnels ?

A savoir que la coopérative EFFISCIENCE, en partenariat avec L’Harmattan, a créé une collection du même nom qui répond à ce lien entre universitaire et professionnels. La coopérative s’est entourée d’un comité scientifique constitué de chercheurs ET de professionnels et s’est fixée une ligne éditoriale tout à la fois respectueuse de l’exigence de la recherche scientifique mais aussi des attentes des professionnels du secteur social et médico-social. Les fondateurs de cette collection ambitionnent de participer et de faire participer aux débats scientifiques sans être absent du débat politique et de rassembler les expériences, les connaissances et les compétences de chacun pour alimenter cette collection qui se veut pluridisciplinaire tout en ayant comme axe central le vieillissement."

Laurent Giroux
Directeur Associé de la coopérative EFFISCIENCE