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« Si nous nous obstinons à concevoir notre monde en termes utilitaires, des masses de gens en seront constamment réduites à devenir superflues. » Hannah Arendt
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2015 : pour les malades et les vieux, des voeux et des plans ; pour l’armée, des blindés...

2015 ?

Côté géronto :

Un plan dit "d’adaptation de la société au vieillissement" qui n’adapte rien du tout, où la montagne a accouché d’une souris – mais pas de n’importe quelle souris, hein, une souris du genre grenouille de La Fontaine, une souris qui a passé des mois à se gonfler d’importance, à se vanter qu’on allait voir ce qu’on allait voir, que ça allait être d’une ampleur inédite, quasi révolutionnaire, qu’on allait rattraper d’un coup cinquante ans de retard...
La souris qui sort de cette avalanche d’effets d’annonce et de gonflements prétentieux frôle le minuscule. Et les concepteurs de ce plan témoignent surtout de leur (au choix, l’un n’excluant pas l’autre) incompétence ou de leur impuissance, à moins qu’ils n’aient tout simplement aucune idée, aucune vision, aucune pensée, sur ce qu’est une société, sur ce qu’est le vieillissement.
On en rirait presque, de ce dégonflement, si dans ce pétard mouillé, dans ce plan qui nous conduit allègrement aux 70 ans de retard au terme des 20 prochaines années, il n’y avait un mépris complet pour les personnes concernées, avec l’octroi quasi obscène du financement de quelques dizaines de minutes d’aide par mois, de quelques jours de vacances par an, à des personnes qui chaque jour souffrent de l’absence de plusieurs heures d’aide, qui chaque année s’épuisent et se meurent d’aider leur proche sans jamais être aidé - voir cet article : Loi d’adaptation de la société au vieillissement : Le nul est-il mieux que le rien ?

Côté santé :


Un autre plan, qui vaut qu’on le remarque, lui aussi. Le plan "maladies neurodégénératives" qui, en regroupant plusieurs maladies (Alzheimer, Parkinson, etc.) donne un sentiment de cohérence à quelque chose qui n’en a pas, crée une illusion de pensée là où nulle pensée ne préside.
Ou plutôt où une seule pensée préside, toujours la même de plan en plan, on commence à bien la connaître : celle de la poudre aux yeux, des 3 priorités qui se déclinent en 4 axes stratégiques lesquels se subdivisent en 96 mesures qui seront détaillées en 300 dispositifs qui permettront à 3000 actions de faire croire aux millions de personnes concernées qu’à un moment une miette de tout cela va améliorer leur santé ou leur vie.
Avec quelques "comités de suivi" pour enrober tout cela, et les incontournables experts du suivi de plans (en général des professeurs et chefs de service qui n’ont le plus souvent ni le temps ni les compétences pour faire ce travail-là, spécifique et pour lequel ils n’ont jamais été formés). Le tout avec l’assurance que lesdits "comités de suivi" "impliqueront étroitement les associations de patients" – lesquelles ayant été aussi peu impliquées que possible dans les étapes précédentes se sentent éminemment rassurés par de telles promesses.
Ajoutons à cela un budget pléthorique, de l’ordre de 450 millions d’euros pour toutes ces maladies quand le plan Alzheimer 2008-2012 avait un budget de 1,6 milliards. Au fait, ces 450 millions, ce ne serait pas par hasard les 450 millions non dépensés par le plan précédent ?

A se demander désormais si l’essentiel du budget de ces plans n’est pas dépensé pour les rédiger, pour les rendre d’autant plus vastes sur le papier que petits dans le réel, pour nourrir les experts es-plans et es-rapports pré-plans et post-plans qui sévissent dans et autour les ministères, pour les présenter aux médias, pour en faire des tartines sous forme de documents word, des tartines sous forme de tableaux excel, des tartines sous forme de présentation power point (les ministères français sont très microsoft), des tartines sous forme de tartines pour auto-congratulations de ces ministres... Ah, ces courageuses ministres, de la santé (Marisol Touraine) et de la famille et des vieux (tiens, les seconds ne sont donc pas dans la première ?)(Laurence Rossignol), n’ayant même pas eu la décence de l’hypocrisie le jour de la présentation du plan : on les vit en effet fuir à peine le plan dévoilé, laissant à leurs technocrates le soin de répondre aux questions des journalistes et des associations de patients.

L’association France Parkinson, beaucoup plus franche et courageuse que l’Association France Alzheimer, dit du reste les choses clairement dans une adresse au sous-président de la république : "Nous ne tremblons pas aujourd’hui par manque de dopamine. Nous tremblons de déception !" [...] "Le « Plan » que vos représentants ont présenté hier sous l’intitulé mobilisateur "plan des maladies neurodégénératives" n’a de plan que l’intitulé mais aucun des attributs : pas de calendrier, pas d’objectifs, pas de moyens ! [...] Concrètement, il n’apportera aucune amélioration de la prise en charge des malades."

Sont vraiment difficiles, ces malades !

Côté armée :

bonne nouvelle en revanche ! On vient d’apprendre que de nouveaux blindés "connectés dôtés de meilleurs dispositifs de communication", vont être commandés par l’état pour un budget de 5 milliards d’euros. Il faut dire qu’avec toutes ces hordes d’étrangers massés à nos frontières et se réjouissant déjà de pouvoir nous envahir grâce à nos blindés mal communicants, il y avait urgence.

Les mauvais esprits se demandent quand verrons-nous, après l’adaptation de la société au vieillissement, l’adaptation de nos systèmes de défense à une France et ses voisins qui ne se foutent plus sur la gueule tous les 30 ans ? A quand une véritable transparence démocratique quant à l’usage des budgets, militaires notamment ? Là dessus, pas de plan en vue chez nos ministres intègres et leurs conseilleurs vertueux...