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La maltraitance médicale est (vécue comme) un viol
Un article de Marc Zaffran (Martin Winckler)
Sur le site de Marc Zaffran (Martin Winckler), un excellent article sur la maltraitance médicale... :

La maltraitance médicale est (vécue comme) un viol

J’ai twitté cette phrase (sans sa parenthèse) le 25 février 2014. Elle a choqué certaines personnes qui suivent mes tweets, pour qui la comparaison est inappropriée, inconfortable ou simplement inadéquate.

J’ai complété le titre (merci YannSud/Dr Psy) pour que cessent les discussions agressives et somme toute stériles sur ma formulation. Le problème reste entier.

Je ne me place pas ici sur le plan légal – qui n’est pas de ma compétence – mais sur le plan moral, éthique (du point de vue du soignant) et émotionnel (du point de vue du patient).

Quand je parle d’éthique, malheureusement, je parle des conceptions internationales, celles de la bioéthique qu’on enseigne et tente d’appliquer dans de nombreux pays développés sauf, singulièrement en France ; ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les rares philosophes et bioéthiciens français qui tentent de sortir de concepts archaïques.

Donc, pour expliciter mon titre - et donc, ma perception de la maltraitance médicale (vécue) comme viol :

Le viol est un acte sexuel imposé à autrui contre sa volonté. La condamnation du viol repose sur le fait qu’un rapport sexuel, qui est une manière « naturelle » d’interagir avec une autre personne, n’est considéré comme « acceptable » que s’il est librement consenti à tout moment par les deux partenaires. Pour qu’une personne consente, il faut qu’elle le fasse explicitement, et non qu’elle soit réputée(par l’autre personne) avoir consenti sous prétexte qu’elle n’a rien dit. De ce fait, un adulte qui aurait un rapport sexuel, même non violent, avec un autre adulte ayant perdu conscience (une personne intoxiquée ou un patient sur une table d’opération, par exemple) est, moralement parlant, un violeur, car il n’a pas recueilli le consentement de la personne en question.

L’exemple de la table d’opération n’a rien d’exceptionnel : en faculté de médecine, en France, il a longtemps été – et il est encore – d’usage que les étudiants « apprennent » à faire des examens gynécologiques sur des patientes endormies, en salle d’opération. Je parle d’interventions non gynécologiques, mais s’il s’agit d’interventions gynécologiques c’est pareil car ces patientes n’ont pas été prévenues. Je vous vois grimacer à cette idée. Et ça se comprend. Vous n’avez pas envie qu’on vous touche ainsi (ou qu’on touche votre sœur, votre mère, votre fille, votre compagne) pour des buts« pédagogiques ». L’idée, à elle seule, est insupportable. De même,celle qu’on pourrait « dans un but pédagogique », proposer à des étudiants d’examiner la prostate des hommes endormis. (Curieusement, pendant mes études, on m’a souvent proposé de faire des examens gynécologiques, mais jamais de faire un examen de la prostate…)

Cette pratique est dénoncée par de nombreux étudiants et médecins. Elle devrait être bannie (elle l’est dans d’autres pays, plus évolués sur ce point que la France), mais elle n’est pas dénoncée par les enseignants, ni par le conseil de l’Ordre, ni par le ministère de la santé, ni par les syndicats, ni par personne dans les milieux "autorisés". Donc, non seulement c’est un viol, mais c’est un viol couvert par les personnes responsables.

Ce qui fait le viol n’est pas, en soi, le fait d’introduire des doigts gantés (ou une sonde d’échographie, ou un rectoscope) dans le sexe ou l’anus d’une personne endormie, car le chirurgien qui doit vous opérer peut avoir besoin de le faire pour des raisons liées à l’intervention qu’il va pratiquer. Ce qui fait le viol, c’est de faire ce geste pour des raisons qui n’ont rien à voir avec l’intérêt du/de la patient.e et sans son consentement. En l’occurrence, pour le seul intérêt du médecin – qu’il soit« pédagogique » ou purement et simplement pervers.

Autrement dit, ce qui fait le viol, ce n’est pas la nature du geste (ou son caractère sexuel ou non), c’est le franchissement des barrières personnelles – physiques mais aussi émotionnelles et morales - que la personne considère comme infranchissables sans son autorisation. D’ailleurs, si le viol était seulement « sexuel », pourquoi l’introduction d’une bouteille dans l’anus d’un homme ou d’une femme est-il qualifié de« viol » ? Parce que le caractère « sexuel » est secondaire à la violence elle-même – c’est à dire à l’abus de pouvoir. C’est d’ailleurs sur ce point que l’avocat du Dr Hazout argumentait en disant qu’il n’avait « violé personne » et que les rapports sexuels étaient consentis. (Et que penser du fait qu’il admet être le père biologique des enfants des femmes qu’il a "traitées" pour infécondité ???)

Le problème, c’est que s’ils avaient lieu dans le cadre de son exercice médical(c’est à dire tant qu’il était le médecin des femmes concernées), ils ne POUVAIENT PAS être librement consentis : c’est ce qu’on appelle un abus d’autorité. Ce qui est vrai d’un instituteur, d’un éducateur, d’un officier de police, d’un prêtre dans l’exercice de ses fonctions ne peut pas être moins vrai pour un médecin.

Suite de l’article sur le site de Martin Winckler

 
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