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Martin Hirsch à l’AP-HP : les malades resteront-ils des citoyens ?

Martin Hirsch vient d’être nommé à la tête de l’AP-HP.

Et quelques médias de souligner l’humanisme du monsieur.

Lequel, pourtant, avait proposé il n’y a pas si longtemps quelques modifications surprenantes du système électoral français.

C’était le 27 juillet 2010, sur France Inter, dans une émission intitulée “La jeunesse, tu l’aimes ou tu la quittes”.

Expliquant qu’une "société vieillissante, c’est quand même une société angoissante", M. Hirsch concluait :

« Il faut refaire le suffrage censitaire [1] et donner deux voix aux jeunes quand les vieux en ont qu’une. Il faut donner autant de voix qu’on a d’années d’espérance de vie. [...] Quelqu’un qui a 40 ans devant lui devrait avoir 40 voix, quand celui qui n’a plus que 5 ans devant lui ne devrait avoir que 5 voix. » [2]

Le grand démocrate humaniste ayant tenu de tels propos est donc désormais à la tête de l’AP-HP. Des hôpitaux où sont souvent soignés des citoyens ayant plus que d’autres des motifs de voir leur espérance de vie réduite... Souhaitons que Martin Hirsch ne leur impose pas, sous d’autres formes, ses souhaits de réduction des droits en fonction de la quantité d’années restant à vivre...

 

Extrait audio de l’émission :

MP3 - 2.1 Mo

 

P.S. : Parmi les articles consacrés à la nomination de M. Hirsch, on notera une parfaite hagiographie parue dans Les Echos et due à la plume d’un journaliste... de circonstance : le président de Kurt Salmon, cabinet de conseil en management et stratégie... : Voir http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/grande-consommation/actu/0203128193096-martin-hirsch-un-francais-libre-et-humaniste-pour-diriger-l-ap-hp-630149.php

Amitié, renvoi d’ascenseur, ou premier symptome des futures formes de management à l’AP-HP... ?

 
Post Scriptum :
Sur les clichés âgistes et sur la phobie de cette "société vieillissante", voir le site de l’Observatoire de l’âgisme : http://www.agisme.fr

[1] Définitivement supprimé en France en 1848, le suffrage censitaire était auparavant destiné à ne permettre de voter qu’aux “citoyens actifs” (payant un certain montant d’impôt), les “citoyens passifs” étant considérés comme incapables ou indignes d’une telle fonction...

[2] L’espérance de vie à 35 ans d’un cadre supérieur est de 46 ans, celle d’un ouvrier de 39 ans, celle d’un "inactif non retraité" de 28 ans... Le suffrage censitaire prôné ici conduirait donc aussi, à âge équivalent, à donner plus de voix aux personnes appartenant aux classes sociales les plus élevées.