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Les Grands Neurologues Shadoks et la maladie d’Alzheimer

La maladie d’Alzheimer énerve les Grands Neurologues Shadoks.
Elle les énerve parce qu’ils ne la comprennent pas. Elle les condamne à la modestie et à l’humilité. Violent.
Elle les énerve parce qu’ils y vivent l’échec, notamment de leur fantasme de réduction de l’esprit au cerveau, de leur rêve de pouvoir affirmer "Montre moi ton IRM, je te dirai qui tu es".
Elle les énerve parce qu’ils ne peuvent affirmer qu’elle est (probablement) présente qu’en présence justement de symptômes... Autrement dit, quand peuvent aussi l’affirmer d’autres professionnels, psychologues et neuropsychologues notamment. C’est vexant.
C’est vexant. A quoi sert en effet d’être Grand Neurologue Shadok si on ne peut même pas lire l’avenir des patients dans leur cerveau.
Un jour heureusement, un des Grands Neurologues Shadoks eut une révélation : puisqu’en effet tout shadok bien portant est un shadok malade qui s’ignore, il suffisait de peu de choses pour prouver que tout un tas de shadoks sans symptômes étaient des malades d’Alzheimer en puissance.
Il suffisait de changer la définition de la maladie. D’en exclure les symptômes. De simplement prendre quelques marqueurs qu’on trouve un peu plus souvent dans les cerveaux des shadoks malades que dans ceux des shadoks sains, et de déclarer illico qu’est atteint de La Maladie tout shadok contenant un cerveau contenant lesdits marqueurs.
L’affaire était jouée.

Le Grand Neurologue Shadok en pleine phase de test de son appareil à prédire La Maladie

Certains shadoks râleurs firent remarquer que pas mal de cerveaux shadoks contiennent de tels marqueurs et ne développent jamais la maladie. Peu importe ! Pour le Grand Neurologue Shadok, en cela fort soutenu par la shadokindustrie du médicament, il vaut nettement mieux annoncer qu’ils sont malades à des shadoks sains qui ne deviendront pas malades qu’annoncer à des shadoks qui deviendront peut-être un jour malades qu’on ne sait pas justement s’ils le deviendront.

La nouvelle définition de La Maladie comportait de surcroît, pour le Grand Neurologue Shadok, un intérêt non négligeable : elle lui permettait non seulement d’éviter les shadoks malades, qu’il n’avait plus besoin de voir, de regarder, d’écouter, pour établir le diagnostic, mais aussi de se débarrasser des shadoks psychologues, neuropsychologues et Cie, qui avaient une fâcheuse tendance à précisément écouter lesdits shadoks malades.

Quant aux shadoks qui allaient se voir prédire, dans de telles conditions d’incertitude, une maladie que peut-être ils n’auraient jamais, ils doutaient... Car même s’ils développaient vingt ans après l’annonce la fameuse Maladie, ils se demandaient bien quel intérêt il y avait à le savoir vingt ans avant, puisque rien ne permettait de l’éviter.

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Cette petite chronique shadok trouve évidemment son origine dans les articles récemment consacrés par la presse à une publication du Professeur (non, pas le Professeur Shadoko, soyons sérieux je vous prie), du Professeur Bruno Dubois et de son équipe. Le ton général (Le Figaro) : "Une équipe de chercheurs français vient de montrer qu’il était possible de diagnostiquer avec certitude la maladie d’Alzheimer grâce à des signes biologiques et d’imagerie".

De telles pratiques et affirmations illustrent parfaitement, à la Française, ce que dénoncent Peter Whitehouse et Daniel George aux Etats-Unis. Cf. leur livre.

Voir aussi sur le sujet les récents articles de Martin Winckler et de Anne-Claude et Martial Van der Linden.