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Maladie d’Alzheimer : le dépistage précoce est-il utile ?
Un article de Martin Winckler

Maladie d’Alzheimer : le dépistage précoce est-il utile ?

Par Martin Winckler, 26 juillet 2010

" Dans ma précédente chronique, j’ai parlé du surdiagnostic des maladies dépistées trop tôt. Ce dépistage trop précoce a pour effet pervers qu’il conduit à opérer (et parfois mutiler) des patients dont la maladie, silencieuse, peut très bien ne jamais évoluer vers une forme grave ou mortelle. Le dépistage précoce des maladies curables doit donc être envisagé (et promu) avec beaucoup de précautions. Il n’est pas acceptable de mutiler plusieurs centaines de femmes pour éviter un cancer chez une seule d’entre elles. Ni de provoquer incontinence et impuissance en retirant la prostate de centaines d’hommes qui seraient, selon toute évidence scientifique, mort d’autre chose que d’un cancer microscopique.

Cette invitation à la précaution est encore plus de mise en ce qui concerne les maladies sans traitement. Prenons la « maladie du siècle », à savoir la maladie d’Alzheimer. Cette affection terrorise la population - et plus encore, probablement, les pouvoirs publics des pays développés. La terreur qu’elle fait naître est, à bien des égards, démesurée. En effet, il existe de nombreuses maladies dégénératives qui provoquent des troubles cognitifs, et la maladie d’Alzheimer est l’une d’elles, probablement pas la plus fréquente, mais la mieux connue.

Le diagnostic de perte des fonctions cognitives est complexe. Il nécessite des bilans neuropsychologiques longs et répétés, et les examens habituellement effectués (PET scans en particulier) pour confirmer le diagnostic ne sont pas toujours concluants : il se trouve, en effet, qu’on ne sait pas toujours interpréter ce qu’on voit sur un PET scan du cerveau... (Celui qui vous dit le contraire est un menteur, donc un professionnel à fuir.) Et enfin, si le nombre de personnes atteintes de démence (Alzheimer ou autre) augmente, c’est parce que nous vivons plus longtemps. Ça ne veut pas dire que toutes les personnes de plus de 65 ans auront un jour une démence. Il est même très possible que les changements d’alimentation et la baisse de consommation du tabac s’accompagnent, dans 20 ans, d’une diminution relative des patients déments, du fait de la baisse de l’incidence des maladies vasculaires (les démences d’origine vasculaire sont presque aussi fréquentes que celles qui sont dues à un Alzheimer).

Mais l’industrie du médicament a intérêt, objectivement, à ce qu’on regroupe tous les troubles cognitifs des sujets âgés sous l’étiquette de « Alzheimer ». Pourquoi ? Parce que les associations de familles de patients atteints d’Alzheimer forment un lobby puissant, ce qui facilite l’expérimentation d’un médicament en permettant rapidement le recrutement de centaines de patients désireux d’aller mieux.

Le 13 juillet dernier, dans un article du New York Times, des « experts » de l’Alzheimer affirmaient que les troubles spécifiques de la maladie commencent très tôt, bien avant les troubles de mémoire. Et ils proposaient rien de moins que de rechercher les signes précurseurs de la maladie très tôt, au moyen de PET scans répétés, chez toutes les personnes de... de quel âge, au juste ? Les moins de 50 ans ? Les moins de 40 ans ? Celles qui ont des troubles de mémoire ? (Les troubles de mémoire peuvent être dus à complètement autre chose qu’une maladie d’Alzheimer, y compris des causes bien plus fréquentes comme la dépression, la consommation d’alcool et des médicaments courants - destinés à soigner l’insomnie, le stress, la dépression !)

Cette proposition de « dépistage précoce » est triplement choquante, et voici pourquoi.

[...] "

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