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" Alzheimer : la protéine miracle " et le professeur menteur

« Alzheimer : la protéine miracle. »

Ainsi titrait l’autre jour le Journal du dimanche, "racolait" devrait-on dire, pour présenter sans aucune distance, sans aucun esprit critique, sans aucune vérification, le communiqué qui avait dû être envoyé par le service de communication du professeur Emile-Etienne Baulieu et de son équipe.

Communiqué "grand public" déroulant un discours plus scientifique que scientifique sur la protéine tau et la protéine FKBP52 – on aurait dit le pré-scénario d’une de ces pubs pour dentifrice ou pour lessive où de faux biochimistes tout de blouses blanches vêtus nous présentent leurs recherches bidons entourés d’un aéropage de jeunes chercheuses et chercheurs hyper-sérieux et archi-concentrés sur des microscopes en plastique où ils ne regardent rien –, bref, un discours qui laissait facilement croire au lecteur que seul le professeur et son équipe (française - cocorico) travaillaient actuellement dans le monde sur la protéine Tau.

Mais laissons cette publi-information déguisée en communiqué, pas plus grave qu’une autre publicité.

Ce qui l’est, grave, ici, c’est la manière dont de faux espoirs sont présentés par ces scientifiques comme vrais, comme réalistes, pour récolter des fonds.

" La protéine FKBP52 pourrait empêcher le déclenchement de la maladie d’Alzheimer [...] Le professeur Baulieu assure [...] aller d’ici deux ou trois ans jusqu’au médicament qui bloquerait l’apparition de la maladie." lit-on dans La Croix.

"Le scientifique espère trouver d’ici trois ans les moyens d’enrayer le vieillissement du cerveau." lit-on dans le Nouvel Observateur.

C’est bien tout cela, quasiment la fin de la maladie d’ALzheimer et du vieillissement réunis, rien de moins, en effet, qu’Etienne-Emile Baulieu fait miroiter à grands coups d’expressions qu’on croyait réservés aux généraux américains :

"Je pense que d’ici deux à trois ans [...] nous pourrons mettre au point un traitement contre la maladie d’Alzheimer.
On a la cible, Tau, on a l’arme, la FKBP52. Reste à trouver les munitions, c’est-à-dire la molécule qui va nous permettre d’activer la production de FKBP52.
On peut imaginer que nous arriverons à stopper l’évolution des symptômes
."
(entretien donné au journal 20 minutes)

Comment ne pas espérer, si l’on est atteint, si l’on a un parent atteint, si l’on vit dans la crainte d’être atteint. Et comment ne pas sortir son portefeuille quand, après nous avoir prédit tout cet espoir, on nous prévient :
"Si nous pouvons continuer nos recherches..."
Car "pour cela, il faudra de l’argent"
Et pour l’instant "le développement sur les médicaments "anti-tau" reste au point mort, faute de financements."

La réalité ?

La réalité est que l’élaboration et l’efficacité de cette "arme anti-alzheimer" sont aujourd’hui aux simples stades de la piste, de l’hypothèse, qu’aucune "conséquence thérapeutique" ne peut, à ce stade, comme le dit la SFGG (Société Française de Gériatrie et de Gérontologie), être tirée des travaux de cette équipe – bref, pour le moment, l’arme "anti-tau" est aussi scientifiquement fondée et efficace que le café, la papaye, le gingseng, les ondes de téléphones portables, le verre de pinard ou n’importe quelle autre de ces mirifiques pistes censées prévenir ou guérir la maladie d’Alzheimer que nos médias nous annoncent à intervalles réguliers.

(A se demander d’ailleurs s’il n’existe pas dans les rédactions de France et d’ailleurs un agenda-maladies qui indique automatiquement aux journalistes, pour varier les publics à racoler, les fréquences où sortir un papier sur n’importe quelle résultat aux allures scientifiques montrant que tel légume ou telle molécule permet de prévenir le cancer, l’Alzheimer, l’obésité, etc.)

Et cette réalité, le professeur Etienne-Emile Baulieu ne peut l’ignorer. Qu’il mente ainsi, qu’il use de sa notoriété scientifique pour se crédibiliser en bonimenteur de "médecine-miracle" digne d’un mauvais western, au mépris de ce que de telles annonces, de telles promesses, créent comme faux espoirs pour les personnes malades et leurs proches, est absolument lamentable.

Vous me direz qu’un tel niveau d’intégrité est peu surprenant de la part d’un scientifique qui s’était déjà pitoyablement illustré il y a quelques années par sa présentation de la DHEA comme d’une "pilule de jouvence" elle aussi miraculeuse.
Certes.
Vous me direz même que plus rien ne devrait surprendre d’un professionnel capable de présenter la "dépendance" des personnes âgées en affirmant que la "situation de dépendance" est "une situation d’altération de la personne humaine".
Certes.

Mais quand même. Toujours surprenant de voir de tels mensonges, toxiques pour celles et ceux qui les écoutent, assenés avec autant d’aplomb. Et toujours attristant de constater (à quelques exceptions près heureusement) que la majorité de nos médias les relayent, voire les amplifient.