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Oeuvrer pour la bientraitance, de Nora Berra
C’est mal parti...

Commentaire détaillé de la tribune de Nora Berra, actuelle Secrétaire d’Etat chargée des aînés, intitulée "Œuvrer pour la bientraitance", parue dans Le Monde du 26 novembre 2009.

En encadré, la tribune de Mme Berra. Hors encadrés, les commentaires.

L’actualité récente a de nouveau mis en évidence un cas de maltraitance manifeste contre des personnes âgées dépendantes dans un établissement à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques). Nous ne pouvons tolérer ni collectivement, ni individuellement de tels agissements asociaux, amoraux, et dégradants.
Ces violences physiques relèvent de cette "macro-maltraitance" évoquée par le professeur Jacques Soubeyrand, (chef du service de gériatrie à l’hôpital Sainte-Marguerite de Marseille, co-auteur du livre On tue les vieux, aux éditions Fayard) caractérisée par une agression avérée, visible.

Peut-être n’est-il pas inutile, avant d’entrer dans des distinctions entre des macro- ou des micro- maltraitances, de rappeler surtout qu’il existe un certain nombre d’actes définis comme des crimes et des délits – qu’ils soient visibles ou invisibles, qu’ils atteignent à l’intégrité corporelle, à la propriété, à la liberté de se déplacer, à la vie privée, etc.

Face à cette situation, l’Etat entend assumer toute sa part de responsabilité et se mobilise en étroite coordination avec les collectivités locales et les professionnels sociaux, paramédicaux et médicaux.

Bien. Mais soit dit en passant, il ne manquerait plus que l’État n’assume pas sa responsabilité – une responsabilité qui passe aussi, rappelons-le, par un système administratif et judiciaire pourvu des moyens de faire attentivement son travail, notamment son travail de surveillance de toutes les situations à risque, comme par exemple celles des majeurs protégés (tutelle, etc.), assez régulièrement spoliés par les personnes en charge de leur protection.

Pourtant, ce type de maltraitance en cache une autre, plus dissimulée, qui avance de manière masquée, et qui est au centre de mes préoccupations. Elle agit par des ressorts psychologiques sur le psychisme de personnes en situation de faiblesse. Elle n’en constitue pas moins une véritable agression. Elle agit par la parole qui nie l’autre, par le sous-entendu, le dit ou le non-dit, par l’absence d’écoute, de considération. Elle s’exprime par des attitudes réductrices, des gestuelles exprimant le refus, l’indifférence, le préjugé sous-jacent, l’extinction progressive du respect.

Voilà des années qu’à peu près toutes les personnes qui luttent contre la maltraitance soulignent l’importance des formes de violence qui ne figurent pas noir sur blanc dans le Code Pénal – et notamment toutes les maltraitances conséquentes à l’absence de formation de nombreux professionnels, l’insuffisance de moyens dans une majorité d’institutions, la culture gérontologique quasi nulle d’un grand nombre de services hospitaliers et de médecins généralistes, le nombre infime des dispositifs et services réellement adaptés aux personnes atteintes de syndromes démentiels, la pénurie de services de psycho-gériatrie, etc.
Voilà des années qu’il est écrit et dit qu’une part importante des maladies et handicaps, des grabatisations comme des incontinences, des suicides comme des dénutritions, pourraient être évitée si certains services hospitaliers ne les produisaient pas, si tous les établissements avaient les moyens d’accompagner les personnes malades en veillant en permanence sur leur autonomie, si tous les médecins avaient les connaissances suffisantes pour éviter les surmédications...
On ne peut pas laisser dire que toutes ces situations, dénoncées depuis des années, avancent "masquées" ou sont "dissimulées" au prétexte que les pouvoirs publics ne s’ôtent (timidement) que depuis peu les oeillères qui les empêchaient de les voir et de les considérer. On ne peut pas laisser dire non plus, même si ça fait joli de parler des "ressorts psychologiques sur le psychisme" (sic), que ces situations ne concerneraient que le "psychisme des personnes en situation de faiblesse". Elles concernent l’ensemble de la personne qui les subit. Il y a eu suffisamment de victimes qui en sont mortes pour arrêter de réduire ces maltraitances à leurs "effets psychiques".

Mais c’est bien pratique de réduire ainsi ces maltraitances "non pénales" à des questions de communication, de parole, de considération.
Exit les problèmes politiques, économiques, administratifs... Exit toute une politique de l’emploi qui conduit à l’incompétence de certains professionnels non formés, peu formés, mal formés. Exit les conséquences de l’absence même de professionnels dans certaines régions, dans certains établissements. Exit les conséquences de ces institutions fourre-tout où, avec peu de moyens, on en demande toujours plus aux professionnels : d’animer des lieux de vie, de faire de la bientraitance, tout en prenant soin de manière adaptée de personnes souffrant de polypathologies qui devraient être en Long Séjour, de personnes qui devraient être dans des services de psycho-gériatrie, de personnes qui devraient vivre dans un environnement hyper-adapté et pensé en fonction des caractéristiques des maladies dont ils souffrent. Exit bien sûr tous ces Français qui prennent soin d’un proche âgé sans être aidés et soutenus comme il le faudrait pour que ce prendre-soin permanent ne conduisent pas régulièrement à l’épuisement – et à ses conséquences délétères.

Elle peut être aussi une tentation d’usurper, car la maltraitance financière contre les personnes âgées est une troisième réalité, si terrible qu’on ose à peine en parler ouvertement. Cette dernière forme de maltraitance va au-delà des deux autres que définit si justement le professeur Soubeyrand, et je suis bien décidée à lutter contre elle aussi résolument que contre les deux premières.

Mais qui est ce "on" qui ose à peine parler des vols, détournements, captations, etc., dont les vieux sont victimes ? J’ai beau relire tous les livres et articles écrits depuis 30 ans sur le sujet de la maltraitance, j’y vois toujours fortement pointée l’importance de ces délits. Mais passons... Après tout, peut-être le livre de M. Soubeyrand est-il le plus ancien sur le sujet qu’ait lu la Secrétaire d’État... Arrêtons-nous en revanche sur cette insistance concernant la "maltraitance financière". En quoi est-elle "si terrible" qu’elle en semble ici plus "terrible" que les deux premières évoquées ? En quoi va-t-elle "au-delà" des deux autres ? En serions-nous donc déjà arrivés à ce stade ultime du libéralisme où le vol serait plus terrible que les coups et blessures, le viol ou l’absence de soins... ? Quel bel Harpagon moderne se profile donc ici, mal soigné, battu, torturé, mais fier de mourir sans avoir été plumé d’un euro...

Faut-il pour autant en conclure que nous sommes dans une société en voie de déshumanisation ?

Avouons-le : l’angoisse nous étreint à la lecture de cette question. Une angoisse qui avance masquée, certes, mais dont le ressort psychologique sur notre psychisme de citoyen-devant-garder-la-confiance-pour-continuer-à-travailler-plus-et-consommer-plus risque d’être terrible.

C’est un constat sombre auquel nous ne pouvons nous résoudre ; au contraire, nous devons réagir et agir. C’est ensemble, tout d’abord, que nous devons changer le regard que nous portons sur les personnes âgées !

Ouf... Nous voilà rassurés. Notre société n’est pas en voie de déshumanisation. D’ailleurs, Nicolas Sarkozy nous l’avait bien dit, ce qui nous avait déjà pleinement rassurés : "L’Homme n’est pas une marchandise comme les autres."
Alors, comment allons-nous réagir et agir ? En "changeant de regard". Bien ça, le "changement de regard". Voilà qui soupoudre le problème sur l’ensemble de sa société, qui coûte rien, qui peut même nous fournir plein d’injonctions sympathiques qui vont soutenir les professionnels ou les aidants : "Eh, toi, l’aide-soignante qui doit faire la toilette de 16 patients ce matin, change bien ton regard sur ces personnes âgées" ; "Eh toi, la dame qui ne trouve pas de place en accueil de jour ou de nuit pour ton mari atteint de maladie d’Alzheimer et qui n’en peut plus parce qu’il dort plus beaucoup la nuit et qu’il passe la journée à te demander où il est en te suivant pas à pas, change ton regard sur ta personne âgée".

A moins - espoir, espoir, quand tu nous tiens, avec tes ressorts psychologiques - que Madame la Secrétaire d’Etat entende par ce "changement de regard" la mise en place par le gouvernement de systèmes efficaces pour que les entreprises françaises et leurs DRH arrêtent de balancer les plus de 50 ans dans les placards ou les poubelles de l’emploi ; ou la fin de cette aberration française qui distingue les personnes handicapées (de moins de 60 ans) des "personnes âgées dépendantes" (après 60 ans) ; ou du coup les mêmes moyens alloués aux institutions prenant soin d’adultes handicapés ou atteints de maladies chroniques qu’à celles prenant soin d’adultes handicapés ou atteints de maladies chroniques âgés ; ou la disparition de cette autre aberration qui veut que soit surveillé et encadré le dispositif qui permet d’hospitaliser à la demande d’un tiers une personne en psychiatrie alors que l’institutionnalisation à la demande d’un tiers des plus de 60 ans en gériatrie ou en EHPAD se passe constamment dans le plus grand flou artistico-juridique...
Oh là, stop, trivial tout cela, bassement matériel, mesquinement concret. La bientraitance arrive, avec tambours et trompettes, et elle nous convoque dans les hautes sphères...

Œuvrer pour la "bientraitance", c’est transposer la volonté du "bien soigner" des personnels médicaux dans le quotidien de chacun, et "bien considérer" son prochain, surtout lorsqu’il est plus fragile. C’est prendre conscience et assumer la part de fragilité qui existe en chacun de nous, à différentes étapes de nos vies de femmes et d’hommes.

Une fois qu’on a lu ça et qu’on a dit "amen",
Une fois qu’on a lu ça et qu’on a contenu, la larme à l’oeil, ce ressort émotionnel éthico-philosophique que Nora Berra, en digne successeur de Paul Ricoeur et d’Emmanuel Levinas, a fait naître en notre psychisme,
Une fois qu’on a lu ça et qu’on a bien rigolé, après tout pour les vieux que nous sommes c’est toujours rigolo de repenser à tous ces grands mots qu’on tartinait en terminale dans nos devoirs de philo,
On peut continuer, en précisant toutefois :
- que de nombreux soignants réfléchissent dans leur pratique, heureusement, à la manière de bien prendre soin des personnes malades, et pas seulement à la façon de soigner leurs maladies ;
- qu’il va quand même falloir à un moment qu’on sorte des belles phrases, qu’elles soient tirées de l’évangile ("Aime ton prochain comme toi-même") ou de la Déclaration universelle des droits de l’Homme ("et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité") pour parler un peu de la transposition de cette volonté des Secrétaires d’Etat du "bien causer dans Le Monde" dans le quotidien de chaque Français...
- et, à titre personnel et préventif, que je conteste évidemment tout certificat de bientraitance au professionnel qui voudrait transposer dans mon quotidien quelque volonté que ce soit sans d’abord me demander mon avis...

Car le danger de maltraitance fait irruption dans notre vie, dès que la fragilité s’installe et devient un risque de déséquilibre entre des éléments somatiques, psychiques et sociaux provoqués par une agression, même moindre, que décrit le professeur Françoise Forette (gériatre, directrice de la Fondation nationale de gérontologie).

Ouille. Rude blessure narcissique infligée à mon intelligence : car là, j’ai pas tout compris, ce qui me surprend d’autant plus que ce qu’écrit en général Françoise Forette n’est pas d’une complexité qui dépasse mes capacités intelectuelles.
Si nous faisons abstraction du pluriel de "provoqués" (car il semble difficile de croire que c’est l’agression qui provoque les éléments somatiques, psychiques et sociaux), on pourrait donc comprendre qu’une agression est d’autant plus déséquilibrante qu’elle touche une personne dont la fragilité augmente le risque de déséquilibre. Certes. Voilà une formulation d’une clarté qui va bien nous aider à penser cette "bientraitance" chère à Mme Berra...

C’est à ce moment charnière que l’attention à l’autre, la solidarité, l’accompagnement, l’humanité sont déterminants. Or, si ce critère de fragilité commence à être décrit et investi par le corps médical, beaucoup de sociologues, de politiques, de citoyens ne se le sont qu’insuffisamment approprié. Ce concept doit devenir notre principe d’action.

Certes, le "concept de fragilité" est décrit et investi par un certain nombre de soignants, qui heureusement, et sans mauvais esprit pour une fois, le décrivent et l’investissent mieux que le fait le Dr Berra.
Au-delà de ce détail, il y a plus grave, et il faut quand même arrêter de raconter n’importe quoi : si le "concept de fragilité" n’est pas énormément investi par beaucoup de sociologues, psychologues, philosophes, etc., c’est notamment parce que, dans son acception médicale, il est réducteur et ne permet pas de travailler sur la vulnérabilité, autrement dit sur les relations entre la personne fragile et son environnement. On peut en effet être très fragile et peu vulnérable si l’on vit dans un environnement accessible, adapté, attentif. Comme on peut être assez peu fragile (une difficulté à monter et descendre un escalier) et très vulnérable si l’on vit en août 2003 dans la soupente d’un immeuble parisien de six étages sans ascenseur.
Les notions de sollicitude, de prendre-soin, de care, de vulnérabilité, de solidarité, etc., sont, depuis des années, au coeur de multiples travaux et réflexions de sociologues, philosophes, psychologues, citoyens, etc. – depuis bien plus longtemps et en bien plus grand nombre que les travaux médicaux sur la fragilité – qu’ils doivent impérativement compléter dans toute approche gérontologique globale. J’en tiens la bibliographie à disposition de Mme Berra.

Instaurer la "bientraitance" envers les personnes âgées, c’est aussi accepter de porter un regard différent sur nous-mêmes, et sur la seconde partie de notre vie. C’est un miroir sans complaisance qu’il faut se tendre à soi-même, avant de le tendre aux autres. Alors que notre société vieillit, on n’a jamais autant exalté le "jeunisme", cet idéal d’une jeunesse sans limite et à tout prix, renforcé par une société de technologies avancées et d’information rapide qui dévalorisent le savoir des aînés. C’est pourquoi il faut changer l’image du vieillissement dans notre pays, et combattre l’idée, consciente ou inconsciente, que le grand âge est une première mort.

"Changer l’image", "combattre l’idée" : concrètement, politiquement, économiquement, ça donne quoi ?
En plus bien sûr d’aller expliquer toutes ces belles intentions à votre consoeur de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, qui nous informait l’an dernier, en parlant des réformes engagées par le gouvernement dans le domaine de la santé (et notamment l’instauration des franchises dites « médicales ») : « […] toute notre politique c’est pour lutter contre un fléau qui va arriver c’est celui du vieillissement de la population. »

Cette perception du grand âge, c’est le terreau de cette violence et de cette cruauté insidieuses et quotidiennes qui se développent de manière sourde, presque invisible, et qui échappent à l’attention des soignants, du fils, du parent éloigné ou de l’ami. Refuser la maltraitance passive et active contre les personnes âgées, c’est donc une démarche collective, et c’est aussi accepter intimement de regarder son propre vieillissement en face.

Euh, là, je comprends de nouveau pas bien : la violence et la cruauté échappent à l’attention de tout le monde ? Y compris des professionnels ou des enfants ? Et... C’est l’homme invisible qui les commet ? C’est des martiens qui à domicile frappent ou humilient des vieilles personnes ? Ce sont des institutions où personne n’entre jamais, ni médecins, ni familles, ni DDASS, où se passent des faits comme ceux de cet établissement près de Bayonne ?
Question références, on passe de Forette à Bambi, là : personne ne voit rien, n’entend rien, n’est coupable de rien, n’est responsable de rien. Il y a cette maltraitance masquée qui rode, telle un brouillard, une nuée, quasi surnaturelle, et frappe tellement discrètement que cela échappe à l’attention de tout le monde. Et contre elle, une seule arme : que tous les français se regardent dans leur miroir et se disent : "Oui, je suis impatient d’être vieux, ça sera super, dans cette France en cours où de réforme des ALD en réforme de l’APA on détruit la Sécurité sociale, dans cette France de demain où si je n’ai pas les moyens de me payer une clinique ou une maison de retraite à 5000 euros par mois, je crèverai dans des établissements publics peu à peu vidés de leurs soignants."

Le terreau de certaines formes de violence que subissent les personnes âgées est bien évidemment la peur du vieillissement et la vision dominante de la vieillesse comme maladie, de la personne âgée comme forcément "dépendante".
Mais qui, aujourd’hui, nourrit cette vision en sous-dotant l’ensemble des établissements et des professionnels qui prennent soin des vieilles personnes malades ou handicapées ? Qui donne à ces professionnels, faute de formations et de moyens, le sentiment qu’ils ne faut pas grand chose pour ce prendre-soin, qu’ils ne valent pas grand-chose ? Qui laisse la majorité des familles en insuffisance d’aides et de soutiens ? Qui entretient l’impunité des maltraitants en ne donnant pas aux DDASS les moyens intellectuels et financiers de faire leur travail ?
Qui, la même semaine où elle publie cette belle tribune dans Le Monde, plein de "solidarité" et d’"humanité", nous promet par ailleurs une future loi sur "la prise en charge de la dépendance" reposant non sur la solidarité mais sur l’individualisation, avec, comme au temps de la PSD, recours sur succession déguisé (ce que Mme Berra appelle pudiquement le "gage patrimonial") et champ libre aux assurances individuelles ? Qui nous prépare un système confortant l’idée que la "personne âgée" malade et/ou handicapée est radicalement autre, sous-citoyenne, n’ayant pas après 60 ans la même place et les mêmes droits que les autres citoyens malades et/ou handicapés ?

De toute évidence, Mme Berra ne sait pas de quoi elle parle quand elle parle de maltraitance. Elle a quelques excuses, paraît-il. Les budgets alloués à des associations telles que l’AFBAH ou ALMA ne permettent sans doute pas à celles-ci d’approfondir la réflexion sur la maltraitance et de former la secrétaire d’état – l’urgence ne favorise pas la recherche. Les études officielles réalisées sur les violences, limitant en général en France leur champ d’étude aux personnes de moins de 60 ans, ne fournissent du coup pas d’indications sur les violences que subissent les vieux. Quant à la leçon de la canicule de 2003, si c’est Jean-François Mattei, qui n’y a rien compris, qui l’a transmise à l’actuel gouvernement, on se doute qu’elle fut sommaire.

De toute évidence, Mme Berra ne sait pas non plus de quoi elle parle quand elle parle de "bientraitance". A-t-elle quelques excuses pour n’avoir même pas lu le travail qu’a publié l’ANESM sur le sujet ?

Nous sommes depuis quelques années habitués à voir des "Ministres délégués aux personnes âgées" ou des "Secrétaires d’État aux aînés" découvrir la gérontologie en prenant leur poste. De là à en conclure que seule cette ignorance peut les conduire à passer totalement sous silence, dans un texte sur la maltraitance et la bientraitance, tous les aspects politiques et économiques, il y a un pas qu’il est difficile de franchir. C’est bien volontairement, stratégiquement, que rien n’est dit ici sur les moyens concrets, administratifs et judiciaires, de lutter contre la maltraitance, sur les moyens concrets, en termes de ratios de personnel, de conditions de travail, de formation, de financement, de promouvoir la bientraitance.

"Le sous-entendu", "le non-dit", "l’absence d’écoute, de considération" : voilà qui décrit parfaitement l’attitude de la majorité des responsables politiques de notre pays face à ce que disent, demandent, proposent, la majorité des personnes âgées, familles, professionnels en difficulté pour bien prendre soin.

"Tentation d’usurper", "maltraitance financière" : voilà qui décrit bien les projets actuels autour du "5e risque", consistant à exiger des vieilles personnes malades et/ou handicapées plus que ce qu’on exige des autres citoyens malades et/ou handicapés.

Finalement, l’actuel gouvernement sait assez bien ce qu’est la maltraitance. Comme l’écrit sa Secrétaire d’Etat chargée des aînés : "C’est un miroir sans complaisance qu’il faut se tendre à soi-même, avant de le tendre aux autres."

 
Post Scriptum :
En lien avec ce sujet, voir aussi :
"Compensation : le syndrome du Titanic (24/11/2009)" dans la newsletter Handicap de territorial.