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« Si nous nous obstinons à concevoir notre monde en termes utilitaires, des masses de gens en seront constamment réduites à devenir superflues. » Hannah Arendt
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Cohérence - politique économique et "existences fardeaux"

Est-il encore possible de ne pas voir de cohérence ?

Même les lambeaux des beaux discours, de ceux qui avaient suivi la canicule de 2003, d’années en années moins convaincus, moins convaincants, ne masquent plus rien. De lois de financement en captation des crédits de la CNSA, le gouvernement diminue progressivement les sommes allouées au prendre-soin, à l’aide, à l’accompagnement, des personnes handicapées, malades, vulnérables, vieilles ou moins vieilles.

Les moyens diminuent, tandis que les besoins augmentent - et augmenteront de plus en plus puisque l’ensemble de la politique gouvernementale accroît les fragilités sociale et économique.

Les moyens diminuent, tandis que les injonctions augmentent : recommandations de bonnes pratiques et normes poursuivent, elles, une inflation galopante.

Manière très efficace, soit dit en passant, que de rendre impossible leur compréhension, leur ajustement, poussant ainsi les professionnels vers des formes d’épuisement psychique d’autant plus politiquement rentables qu’elles diminuent la combativité critique.

Alors, la faute à la "crise", aux "difficultés financières du pays", etc. - ou cohérence ?

Dans un récent discours, le 25 mars, Nicolas Sarkozy (avec un esprit très proche de celui de Napoléon, le porc de La ferme des animaux de G. Orwell [1] ) a indiqué ce qu’il a présenté comme les "valeurs", les "repères (...) d’une démocratie irréprochable..." :

D’abord, la liberté : " La liberté, c’est prendre le métro sans se faire agresser par des voyous. La liberté, c’est vivre sans avoir peur. "

Ensuite, l’égalité : " Il ne faut pas pénaliser la réussite. Il ne faut pas tuer le goût du risque. L’égalitarisme, c’est le nivellement par le bas. Une société égalitaire, c’est le contraire d’une société de liberté et de responsabilité. "

Il serait donc tant que les personnes handicapées et/ou malades comprennent que leur existence nivelle "par le bas" cette "démocratie irréprochable" où l’essentiel est de pouvoir sans avoir peur, en étant libre, donc, posséder le goût du risque et de la réussite.

Il serait temps que la cohérence soit comprise, et que tous ces discours et toutes ces décisions économiques fassent bien comprendre à toutes les personnes vulnérables qu’elles sont socialement, comme le disait si joliment ce mot allemand des années 1940, des « ballastexistenzen », des « existences fardeaux ».

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Autre témoignage du sort qu’on leur réserve de plus en plus : cf. le récent rapport sur la prise en charge en Centre Hospitalier Spécialisé.

 

[1] On notera en effet au passage la proximité des conceptions de N. Sarkozy avec le grand principe de Napoléon le porc : " Tous les animaux sont égaux, mais il y en a qui le sont plus que d’autres. "