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Sécurité sociale : une agonie accompagnée et favorisée.
Article du Dr Guy Pétin, Président de l’ASAPAR
Le 24ème plan de redressement du déficit de la Sécurité Sociale : une agonie accompagnée et favorisée.

" Le 29 juillet 2008, la Ministre de la Santé et le Ministre du Budget présentaient le 24ème plan dit de redressement du déficit de la S.S.

Il nous apparaît que ce énième plan est notoirement insuffisant et prospectivement inquiétant tant sur la forme que sur le fond.

SUR LA FORME :

Un 24ème plan en 27 ans : cela suffit à signer l’inefficacité des plans antérieurs et à prévoir le même échec pour l’actuel, dès lors que la méthode ne varie pas. Si le malade n’était pas la S.S., il serait mort depuis belle lurette face à une médication avérée un leurre. Ne serait-il pas honnête de parler non de « plan de redressement » d’un déficit jamais redressé, mais de « plan d’ajustement temporaire ». Cela éviterait de stigmatiser l’impéritie politique, en la matière, et d’abuser les Français.

De surcroît, on peut regretter que la méthode soit toujours la même, et qui en dit long sur les rapports entre la politique et les citoyens, tant elle revient à manipuler les esprits. En effet, la proposition du plan se fait immuablement en deux temps : le premier consiste à recourir au catastrophisme, en annonçant des mesures ultra agressives : diminution des prestations ALD et hausse du ticket modérateur notamment. C’est en fait un temps de sondage-intimidation-menace. Le second temps présente alors un plan en retrait, comme étant le « minimum acceptable », apte à déminer la bronca des O.S., professionnels, associations et citoyens.

Enfin, la politique étant l’art des opportunités, ledit plan est annoncé au moment où les Français sont sur les routes ou en farniente. Eh oui !

SUR LE FOND :

Le déficit de la S.S. est déclaré de 4,1 milliards d’euros en 2008, le plan devrait permettre l’économie de 1,5 à 2 milliards d’Euros en 2009, l’objectif étant de parvenir à l’équilibre en 2011, pour la fin de l’actuel quinquennat.

Pour ce faire, il est prévu des rentrées supplémentaires, soit :
- 1 milliard d’euros provenant des complémentaires santé (mutuelles et assurances privées). Autant dire les dettes de la famille Martin transférées à la famille Durand.
- 300 millions d’euros provenant des entreprises alors imposées sur les sommes distribuées aux salariés en intéressement et participation, sous forme d’une contribution patronale dite « forfait social »
- Quelques milliers d’euros provenant des excédents de la branche accident.

En ce qui est des dépenses, on se limitera à prôner une moindre consommation en médicaments et à favoriser la médecine ambulatoire.

Bref, des mesures conjoncturelles, du colmatage, mais autant dire rien afin d’infléchir durablement par des mesures structurelles, aucune innovation touchant à la gestion modernisée des ressources tant au niveau du secteur public que celui du privé.

Enfin, il est à prévoir à terme des effets collatéraux néfastes :
- Il y a eu des négociations déterminantes (euphémisme pour parler de marchandage) avec les Mutuelles et assurances privées : désormais celles-ci, en échange à leur contribution, seront directement associées à la gestion de l’assurance maladie, mesure qui signe une privatisation rampante. Une gestion atomisée, un reniement du concept de solidarité, tel qu’instauré en 1945… Le père doit mourir selon Freud, et en sus être trucidé par ceux là même qui ne manquent pas de se présenter comme ses enfants politiques ! Tu quoque, fili.

De surcroît, la dette de la S.S. sera transférée à un autre organisme d’Etat : la CADES, afin de ne pas payer d’intérêts ! Une stratégie de trésorerie très discutable qui a fait dire en son temps au Sénateur Alain VASSELLE qu’elle constituait à « faire lit commun mais chambre à part ». Quel particulier pourrait ainsi se libérer partiellement de ses dettes ?

Enfin, à l’encontre évidente de ce qui est dit : demain les mutuelles et assurances privées seront contraintes à augmenter le tarif de leurs cotisations, ainsi que l’a d’ailleurs affirmé M. Gérard de la Martinière, Président de la puissante Fédération française des Sociétés d’assurances ; M. de la Martinière douché à son tour bien qu’à avoir depuis toujours lorgné sur le marché estimé juteux de la santé ; mais douché très temporairement puisque aura toute latitude à répercuter les prix sur les cotisants, sur vous et moi ; et satisfait car aura enfin réussi à placer à l’étrier de la S.S. le pied des compagnies d’assurances privées.

Quant à la ponction sur la branche accident, elle réduira encore à terme le potentiel de protection de la santé du salarié au travail, alors qu’on sait le poids de la réparation des AT et maladies professionnelles, dont celle à venir, conséquente, et s’agissant de l’amiante. La paupérisation en médecins du travail ne pourra qu’en être aggravée, même si non uniquement liée aux rémunérations.

Enfin, le « forfait social patronal » instauré n’est pas une mesure apte à oxygéner les P.M.E.

Au total, ce énième plan ne résout rien durablement, et annonce (mais n’était-ce point l’objectif, même si nié ?) la privatisation de la protection sociale reposant sur le concept de solidarité. Est-ce un progrès social ? On peut discuter de la réponse, encore que, mais en tous les cas, on peut affirmer que nous sommes plus que jamais immergés dans le concept de l’argent roi, y compris dans le domaine de la couverture médico-sociale.

La porte est ainsi ouverte afin d’aller demain plus que jamais vers une médecine à double vitesse. Il s’agit d’une révolution culturelle érodant le concept d’humanisme sociétal. Un destin de vie collective est ainsi profondément révisé. Notre objectif n’est pas que d’émettre un avis, celui des consommateurs en soins, donc forcément partial, mais de regretter l’absence d’un grand débat national, alors que notre système de santé est grandement bouleversé, à l’insu de nos représentants, tous partis confondus et sans réelle concertation des citoyens. Le vote à l’Assemblée du PLFSS, prévu le 29.09.08 n’étant pas un étape de débat sur le concept de protection sociale, mais limité à s’exprimer sur le plan de redressement. Bref, un cheminement qui ne rime pas avec démocratie représentative et a fortiori se situe à l’opposé de la démocratie participative. "

Le 05.08.08 Dr Guy Pétin, Président de l’ASAPAR

 
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