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Les sénateurs votent la récupération sur succession de l’APA.
Pour faire le portrait d’une escroquerie.

Attention : article écrit début décembre 2007. Voir la fin de l’article pour actualisation...

Les sénateurs viennent de voter la récupération sur succession de l’APA (Aide Personnalisée d’Autonomie).

(Pour plus de détails, voir la dépêche de l’AFP ou le dossier du site agevillage).

Pour faire le portrait d’une escroquerie

Dans un premier temps, prenez des personnes malades atteinte d’une maladie chronique (maladie de Parkinson ou maladie d’Alzheimer, par exemple) ; prenez des personnes en situation de handicap.

Isolez parmi tous ces adultes ceux qui ont plus de 60 ans.

Faites disparaître les maladies et les handicaps afin de transformer d’un coup ces adultes malades, ces adultes handicapés, en « vieilles personnes ».

Une fois ces adultes devenus de « vieilles personnes » sans maladie(s) ni handicap(s), vous pouvez alors affirmer avec toute la bonne foi du sénateur : « On ne peut considérer que le sort des vieux parents ou grands-parents doit être assumé en totalité par la collectivité. » (Philippe Marini, Sénateur de l’Oise, Rapporteur général de la Commission des Finances).

Dans un second temps, prenez l’APA (Aide Personnalisé d’Autonomie), dont le montant dépend des ressources de la personne (toute personne ayant des ressources supérieures à 669,89 euros par mois paye un ticket modérateur sur la prestation, ticket pouvant atteindre 90% du montant de ladite prestation).

Faites semblant d’ignorer cela et agissez comme si le montant de l’APA était identique et assumé à 100% par la collectivité quelles que soient les ressources des personnes bénéficiaires.

Vous pouvez alors affirmer avec toute la bonne foi du sénateur : « On ne peut considérer que le sort des vieux parents ou grands-parents doit être assumé en totalité par la collectivité. »

Au terme de votre tour de passe-passe, vous prétendrez donc légitimement qu’il est insupportable que la collectivité verse ainsi, comme ça, tous les mois, de l’argent à tous ces vieux.

Logiquement, il devient alors facile d’établir, comme le Sénat vient de le faire, la récupération sur succession pour l’APA (Aide Personnalisé d’Autonomie).

Officialisant ainsi une étonnante ségrégation entre les personnes de moins de 60 ans et les personnes de plus de 60 ans : Une personne de moins de 60 ans, en situation de handicap, peut se voir attribuer une prestation de compensation du handicap (PCH), sans recours sur succession. La collectivité assume. Une personne de moins de 60 ans souffrant d’une maladie chronique invalidante (maladie de Parkinson, par exemple), peut bénéficier, via la sécurité sociale, d’une prise en charge au titre des affections de longue durée (ALD), sans recours sur succession. La collectivité assume. Ces mêmes personnes, en situation de handicap, ou souffrant d’une maladie chronique, ont plus de 60 ans : on récupérera sur leur succession les sommes versées pour leur permettre d’être soignées, aidées et accompagnées en fonction de leur maladie(s) ou handicap(s). La collectivité (dont décident les sénateurs) n’assume plus.

Récupération sur succession pour le seul dispositif destiné aux personnes malades et/ou handicapées DE PLUS DE 60 ANS : le Sénat vient donc d’officialiser l’âge de 60 ans comme âge au-delà duquel notre société a décidé d’abandonner en partie les personnes malades et/ou handicapées.

Mais ne nous faisons pas d’illusion : ceci n’est que le premier temps d’une valse qui touchera tous les âges. Déjà, on parle de revenir sur le principe de la prise en charge à 100% des affections de longue durée (ALD). Puis ce sera le tour de la Prestation de Compensation du Handicap (une franchise ? un récupération sur succession ?).

L’objectif global, nous le connaissons : « défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance » !

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ACTUALISATION FIN DECEMBRE 2007 :

Dernière minute : l’amendement sénatorial a été supprimé du budget 2008 lors de la réunion jeudi 13 décembre de la commission mixte paritaire. Au passage, : lors de cette CMP, réunie pour trancher les points encore en discussion entre les deux assemblées, les députés et les sénateurs ont par ailleurs décidé de ne pas soumettre à l’impôt sur les sociétés les "parachutes dorés" versés à certains chefs d’entreprise lors de leur départ. Les députés voulaient soumettre ces sommes à l’IS au delà d’un million d’euros...

 
Post Scriptum :
La PSD (ex-APA) fonctionnait avec récupération sur succession. Cette disposition avait été abandonnée lors du passage à l’APA précisément parce qu’elle freinait fortement le recours à l’allocation. Le remettre est donc un moyen, dont nul sénateur ne peut ignorer l’efficacité, de diminuer le nombre d’allocataires, autrement dit, les maladies et handicaps ne diminuant pas, de diminuer le nombre de personnes malades et/ou handicapées soignées, aidées, accompagnées.