jerpel.fr
le site de Jérôme Pellissier
« Si nous nous obstinons à concevoir notre monde en termes utilitaires, des masses de gens en seront constamment réduites à devenir superflues. » Hannah Arendt
Accueil du siteAu fil de l’eauTémoignages
Témoignage sur une "assurance dépendance"
Ces fameuses "assurances dépendance", dont on parle un peu en ce moment, puisqu’elles vont très probablement être utilisées par les libéraux pour justifier que le risque "dépendance des personnes âgées" (qui est en fait, rappelons-le, un risque maladie chronique ou handicap qui n’a rien à voir avec l’âge...) ne soit pas couvert, comme les autres risques, par la solidarité nationale ; ces fameuses "assurances dépendance", donc, existent déjà. Et nombre de nos compatriotes en ont déjà souscrit. Et le regrettent très souvent. Le témoignage suivant est en effet emblématique des difficultés que connaissent, très souvent, les personnes qui ont besoinn d’y recourir.

Les enfants de Monsieur Gabriel G. écrivent :

« C’est un fait, nous vivons de plus en plus vieux : l’espérance de vie est passée de 45 ans en 1900 à 70 ans en 1958 et à plus de 80 ans de nos jours.

Mais la rançon de cette évolution est le risque de dépendance qui peut avoir diverses causes soit physiques, soit intellectuelles.

Moyennant cotisations, Banques et Compagnies d’assurance, conscientes de cette situation, proposent diverses prises en charge qui paraissent présenter une garantie séduisante pour l’avenir. Hélas, quand il s’agit de mettre en oeuvre les garanties, c’est une autre histoire...

Pour illustrer cette réalité, voici le récit de la situation réelle que nous avons vécue récemment.

En 1995, notre père marié, âgé de 73 ans, adhère à une assurance chez XXX, prévoyant en particulier le versement d’une rente trimestrielle en cas de dépendance, si la personne se trouve un jour dans l’imposibilité définitive d’effectuer 3 des 4 actes de la vie quotidienne : se déplacer, s’habiller, s’alimenter, se laver et si elle bénéficie d’un service de soins infirmiers à domicile.

Or, peu à peu la santé de notre père se détériore et son épouse assure seule la charge de l’aide pour les 4 actes de la vie quotidienne ; notre père bénéficie en outre 4 fois par semaine de soins infirmiers à domicile et se déplace à l’aide d’un déambulateur et ensuite en fauteuil roulant. Notre mère (80 ans), qui s’épuise peu à peu, doit avoir recours à une aide ménagère (40 heures par mois) et signale la situation à l’assurance le 16 Juin 2006.

Si médicalement, la Sécurité Sociale accorde une prise en charge à 100%, notre père ne peut plus vivre sans l’aide d’une tierce personne. En Juillet 2006, un médecin généraliste conventionné constate, certificat médical à l’appui, que notre père ne peut se déplacer à l’intérieur de sa maison sans une aide technique, que notre mère doit lui tenir sa boisson à la bouche, couper ses aliments ou même les mouliner et l’alimenter à la petite cuiller. Notre mère lave et habille notre père qui ne pèse alors que 4O kgs.

Malgré cette situation qui empire chaque jour et qui épuise notre mère (poussées de tension, essoufflement au moindre effort). Nous n’avons pu obtenir le rapport de ce médecin commis par l’assurance qui refuse l’attribution de la rente qui aurait pourtant amélioré considérablement la situation.

Les démarches se poursuivent, "manquait toujours une pièce au dossier, lettre non parvenue etc....." tous les courriers ensuite ont été envoyé en Recommandé avec AR... en vain et les choses trâinent en longueur..... Le 15 Juin 2007 notre père décède !

Le médecin de l’assurance se présente à son domilice le 19 juin 2007 : TROP TARD, il ne peut plus voir notre père qu’en photo sur son piano !!!!

CONCLUSION : Quand on est dans le pétrin, dans la douleur et que l’on doit assumer seul la charge des 4 actes de la vie quotidienne de son conjoint, quelle énergie doit on déployer en plus pour obtenir ce que l’assurance avait laissé miroiter lors de la signature du contrat. Le cas n’est pas isolé !

CONSEILS : 1/ Redoublez de vigilance avant de signer un tel contrat.

2/ Avant la signature, LISEZ LE CONTRAT et posez par écrit (en concervant un double) toutes les questions précises surtout sur les conditions d’attribution de la rente, des délais et formalités et EXIGEZ DES REPONSES PAR ECRIT.
Faites vous aider par vos enfants ou des personnes de confiance. Contrairement à la Sécurité Sociale, si critiquée depuis quelques temps, une compagnie privée (banque ou assurance) vise surtout à faire des bénéfices et ses préocupations premières ne sont ni la solidarité, ni l’humanité, ni la philanthropie.

3/ Au moment où vous jugez que le contrat devrait trouver son application, n’hésitez pas à recourir à une assistante sociale ou une association de défense des consommateurs si l’organisme assureur vous paraît réticent à tort.

LES DEMARCHAGES DES ASSURANCES ET DES BANQUES POUR ASSURER NOTRE DEPENDANCE POUR L’AVENIR SE MULTIPLIERONT VRAISEMBLABLEMENT ; TOUT EN NE NIANT PAS L’INTERET DE CETTE FORME D’ASSURANCE, NOUS VOUS CONSEILLONS D’ETUDIER A FOND LES CONDITIONS GENERALES ET PARTICULIERES AVANT DE SIGNER TOUT CONTRAT DE CE GENRE ; CE CONSEIL DE PRUDENCE EST D’AILLEURS VALABLE POUR TOUTE DEMARCHE FAITE PAR UNE BANQUE OU UNE SOCIETE D’ASSURANCE VOUS PROPOSANT UNE PRESTATION NOUVELLE.

Les Enfants de Monsieur Gabriel G.

Ce mail est envoyé pour faire part de notre amertume, mais surtout pour prévenir les différents organismes sociaux ou de défense des consommateurs, qui pourront peut être allerter et mettre cet exemple à l’ordre du jour dans différents magazines d’information destinés aux personnes agées. »

 
Post Scriptum :
J.P. : Bref, non seulement il y aura bientôt, parmi les personnes souffrant de maladies chroniques ou de handicaps, celles qui auront eu les moyens de souscrire une assurance privée et celle qui ne les auront pas eu... mais il y aura également, parmi les personnes en ayant souscrit, celles qui auront les moyens (en termes de soutiens juridique et sanitaire) de repérer les contrats honnêtes et d’en obtenir le respect le jour venu, et les autres qui, comme la famille de ce monsieur, ne pourront lutter contre ce mélange d’inertie et de roublardise que l’on observe désormais très couramment dès qu’il s’agit d’exiger de certaines sociétés le respect d’un contrat.