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« Si nous nous obstinons à concevoir notre monde en termes utilitaires, des masses de gens en seront constamment réduites à devenir superflues. » Hannah Arendt
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Les Shadoks et le Grand Trou (1)
Episode 1 : Le Grand Trou...

Les shadoks avaient beau pomper, pomper sans arrêt, du matin au soir et du soir au matin, "pomper plus pour gagner plus", pomper plus même en gagnant moins, pomper plus en gagnant moins pour les Shadoks Moins (S-) afin que les Shadoks Plus (S+) pompassent moins et gagnassent plus, bref, pomper sans arrêt – car il était bien connu sur la planète shadok que le "pompage rend libre" –, bref, donc, les shadoks avaient beau pomper, pomper et pomper, les fruits de leur pompage n’enrichissaient pas assez les shadoks de la haute, qui hurlèrent au pillage.

Oui, ils l’hurlèrent : entre les shadoks pompeurs et les poches des shadoks gagneurs, disparaissaient trop de fruits du pompage.
Mais où ?

Une grande expédition, menée par le Chef Shadok, partit en exploration sur la planète.

Après des journées et des nuits de recherche, des semaines et des mois d’exploration, un beau jour, ils le virent.

Le Grand Trou.

Gigantesque, Immense, Colossal, tellement plein de tellement de vide que plusieurs membres de l’expédition en tombèrent dedans.

Le Grand Trou.

Tout autour, raconterait plus tard le Poète Officiel Shadok, tout autour, le bordait une plage dorée. Et là, s’étranglerait-il, sur cette plage dorée, des dizaines et des centaines et des milliers d’intermittents du spectacle, de familles étrangères avec plein d’enfants pas génétiquement prouvés, de chômeurs et de RMistes, souriant, profitant, allongés dans des chaises longues. Et dedans. Ah, dedans...

"Dedans, amis Shadoks, continuerait le Poète Officiel Shadok, des larmes d’impuissance désespérée roulant sur ses joues de Poète Officiel Shadok se sentant soudain Dante décrivant le dernier cercle de l’Enfer..., dedans ! Dedans, des centaines, des milliers, des millions de Shadoks malades, de Vieux Shadoks, de Shadoks déglingués, accidentés, handicapés, fragilisés, rouillés, éclopés – mais qui CREUSAIENT !

Vous auriez vu ça : des pattes et des dents, des ongles et du bec, à coups de tout, de prothèses, de cannes, de déambulateurs, de fauteuils, ils creusaient et creusaient et creusaient ! Sans arrêt. Et le Trou devenait de plus en plus profond. Déjà, le Professeur Shadoko le prévoyait : il ne tarderait pas à arriver de l’autre côté de la Planète, et là, frères Shadoks, là, ce ne serait plus un trou, mais un tunnel, une autoroute souterraine qui permettrait aux Shadoks Jaunes de nous envahir et de dominer la Planète."

Le Poète racontait et la foule des Shadoks Plus, comprenant maintenant où passaient la manne du pompage des Shadoks Moins, passèrent à l’action. Chef Shadok en tête, ils allèrent à la rencontre (en gardant leurs distances, quand même, on ne sait jamais), un peu partout sur la planète shadok, des Classes Moyennes Shadoks qui pompaient, et pompaient, sans arrêt...

... et ils leur dirent qu’ils devraient arrêter de pomper pour combler le trou pendant que les autres, les malades, les vieux, les chômeurs, les handicapés, se la coulaient douce sur leur dos et creusaient, creusaient sans arrêt !

Shadoks Creuseurs contre Shadoks Pompeurs : l’avenir risquait d’être sombre ! Surtout que le trou, se remplissant de Shadoks Creuseurs, était d’autant plus profond qu’il était moins vide, et que les Shadoks Pompeurs, à force de pomper et pomper du vide, et de plus en plus frénétiquement, en tombaient de plus en plus malades, accidentés.... et dans le Trou.

Ah, la vie des Shadoks n’allait pas être simple, sous le règne de Sharko Premier, roi des shadoks (et des champignons réunis).

La suite au prochain épisode...