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Le mot " Humanitude "
Quelques mots sur le mot...

Préalable important : au sujet de l’humanitude comme des autres philosophies de soin et des autres approches dites "relationnelles" ou "non-médicamenteuses", il est conseillé de lire ces quelques précisions...

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Le mot « humanitude » est semble-t-il apparu pour la première fois sous la plume d’un écrivain suisse, Freddy Klopfenstein, en 1980. Il a été ensuite repris par Albert Jacquard, qui le situe dans la lignée du mot « négritude » jadis créé par Aimé Césaire, puis popularisé par Léopold Senghor. Ceux-ci avaient ainsi, nous dit Albert Jacquard, utilisé « un mot nouveau pour désigner l’ensemble des apports des civilisations d’Afrique centrale, l’ensemble des cadeaux faits aux autres hommes par les hommes à peau noire : la négritude.
« Les cadeaux que les hommes se sont faits les uns aux autres depuis qu’ils ont conscience d’être, et qu’ils peuvent se faire encore en un enrichissement sans limites, désignons-les par le mot humanitude . » Ces cadeaux constituent « l’ensemble des caractéristiques dont, à bon droit, nous sommes si fiers, marcher sur deux jambes ou parler, transformer le monde ou nous interroger sur notre avenir … »
« L’humanitude, c’est ce trésor de compréhensions, d’émotions et surtout d’exigences, qui n’a d’existence que grâce à nous et sera perdu si nous disparaissons. Les hommes n’ont d’autre tâche que de profiter du trésor d’humanitude déjà accumulé et de continuer à l’enrichir . »

Plus tard, dès 1989, un gériatre français, Lucien Mias, introduit pour la première fois le terme d’humanitude dans les soins.

Pourquoi préférer ce mot à celui d’« humanité », dont l’un des sens désigne en effet l’ensemble de ces caractères propres aux hommes ?
Il nous est apparu que l’utilisation du mot « humanité » pouvait prêter à confusion : il est en effet le plus souvent employé pour référer au « genre humain », mais également pour définir un sentiment proche de la bienveillance ou de la compassion.
Le premier chapitre de ce livre constitue une réflexion sur l’humanitude, sur ces caractéristiques que les hommes possèdent et développent en lien les uns avec les autres, sur ce qui permet à chaque homme de reconnaître les autres hommes comme des semblables.
Toutes les actions soignantes se réfèrent à une philosophie de soins. Une philosophie de soins a entre autres pour objet l’étude des principes fondamentaux d’une activité, d’une pratique, des réflexions sur leurs sens et leur légitimité.
La « philosophie de l’humanitude » développée dans le cadre de la méthodologie des soins Gineste-Marescotti dès 1995, est présentée dans le sixième chapitre de ce livre. L’essentiel, au-delà du choix des mots, est bien de pouvoir déterminer ensemble, à partir de nos connaissances, une philosophie de soins qui ancre le prendre-soin dans le socle de notre humanitude, c’est-à-dire qui lui permette de ne jamais provoquer une réduction ou une destruction des promesses et des facultés fondamentales des êtres humains.
La relation soignant-soigné actualise concrètement, dans les soins, ces liens d’humanitude qui nous relient les uns aux autres.