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Le Blog de Richard Lefrançois, sociologue et gérontologue canadien, et notamment auteur de l’ouvrage Les nouvelles frontières de l’âge.
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Le site de Lucien Mias, alias "Papidoc", " Gerontologie en institution " expose concepts et pratiques du prendre soin des personnes agees en institution... comme au domicile. Un indispensable de la gérontologie !
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Humanitude - Extraits (3)
Extrait du chapitre 7.
Extrait du chapitre 7 : Prendre soin.

Préalable important : au sujet de l’humanitude comme des autres philosophies de soin et des autres approches dites "relationnelles" ou "non-médicamenteuses", il est conseillé de lire ces quelques précisions...

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Le prendre-soin gérontologique ne peut exister sans le partenariat entre toutes les personnes susceptibles d’aider ceux dont nous prenons soin à améliorer ou maintenir leur santé, et donc leur bien-être et leur qualité de vie : directeurs d’établissements, soignants spécialisés (gériatres, kinésithérapeutes, psychologues, animateurs, ergothérapeutes, etc.), bénévoles, familles…
Aurions-nous oublié quelqu’un ?
90 % du temps où les hommes vieux qui vivent actuellement en institution sont en relation avec des soignants est occupé par les « soins de base », réalisés par les infirmières, aides-soignantes, agents des services hospitaliers et aides médico-psychologiques, tous ces soignants dont le rôle historique consistait essentiellement à répondre aux besoins physiologiques et d’hygiène.
On imagine ce que deviendraient les hommes vieux vulnérables si la majorité de ces soignants-là, souvent clandestinement, parfois avec les seules connaissances qu’ils ont apprises sur le terrain, ne passaient ces 90 % de temps de relation soignante qu’à laver des corps et à nourrir des organismes. On imagine ce que deviendraient les hommes vieux vulnérables sans ces soignants-là.
On imagine ce que deviendraient leurs capacités de mobilisation s’ils ne pouvaient compter que sur les kinésithérapeutes pour marcher ; leurs capacités de communication s’ils ne pouvaient parler qu’avec les psychologues ; leurs plaisirs ou leurs activités s’ils ne pouvaient s’amuser ou créer qu’avec les animateurs ; etc.
Peut-on continuer à oublier le rôle essentiel, fondamental, de ces soignants-là ? Peut-on continuer à ne pas leur donner les outils et les connaissances nécessaires pour faire de ce temps passé avec les hommes vieux un temps de vie, de confirmation des liens d’humanitude, d’utilisation des capacités, d’amélioration ou de maintien de la santé ?

Nous possédons aujourd’hui des connaissances qui permettent à toutes les personnes qui sont en contact avec des hommes vieux vulnérables de les aider à aller mieux, à ne pas aller moins bien, et de les soutenir lorsque leur état de santé se détériore. Ces connaissances sont au cœur du prendre-soin, au cœur de tous ces actes, depuis la toilette jusqu’à l’aide au repas, autrefois dévalorisés. Elles relient ce qui fut jadis séparé pour le malheur des hommes vieux vulnérables : les soins du corps, les soins de la personne, les soins relationnels, les soins techniques, etc.
Parce que le prendre-soin est un artisanat riche de très nombreuses connaissances et règles de l’art, nécessitant un vrai et long apprentissage, nous ne donnerons dans ce chapitre que quelques exemples de l’importance du travail de ces soignants, que quelques règles de l’art indispensables pour prendre soin « en humanitude », dans le respect des valeurs et principes que nous avons exposés dans le précédent chapitre.

Il existe, dans chaque domaine du prendre-soin, des techniques précises et spécialisées, concernant la manutention, la communication, etc. Ces techniques, à partir du moment où elles sont compatibles avec la mission des soignants, où elles servent les objectifs soignants que nous avons présentés, ne sont bien entendu pas exclusives les unes des autres. Toutes fournissent des outils qui peuvent être mis au service des personnes dont nous prenons soin. Toutes participent à construire ces approches gérontologiques, humanistes, centrées sur la personne, qui se développent actuellement. Les informations que nous présentons dans ce chapitre, issues de la « Méthodologie de soins Gineste-Marescotti », ne constituent donc pas une nouvelle approche visant à remplacer les autres ! La méthodologie de soins que nous avons développée est une pierre de plus à l’édifice d’un prendre-soin gérontologique en construction permanente.

Nous souhaitons surtout ici donner un aperçu de ce que chacun d’entre nous, professionnel ou non, peut concrètement accomplir pour aider les hommes vieux vulnérables à utiliser leurs capacités, améliorant ou maintenant ainsi leur santé ; de ce que chacun d’entre nous peut concrètement réaliser pour ne jamais laisser une personne en dehors des liens d’humanitude qui nous relient les uns aux autres.
« Vivre et mourir debout » nous permettra de comprendre l’importance du mouvement, de la verticalisation et de la marche, qui impose aujourd’hui de modifier en profondeur nos pratiques soignantes pour proposer un prendre-soin debout.
À travers les objectifs et les types de toilettes, nous verrons ensuite comment le développement de certaines techniques de communication et de toucher permet d’ajuster le soin à la personne et de transformer le « lavage » d’autrefois en un des moments les plus précieux du prendre-soin.
Enfin, nous évoquerons les situations, de plus en plus nombreuses, qui rendent le prendre-soin difficile lorsqu’il provoque de l’agitation ou de l’agressivité, en particulier chez les personnes atteintes de syndromes cognitivo-mnésiques. Nous présenterons l’approche que nous avons développée et donnerons un aperçu de certains outils élaborés par des neuropsychologues canadiens : ensemble, ils permettent aujourd’hui de pacifier la grande majorité de ces situations problématiques – de donner toutes leurs chances, aux soignants comme aux patients, de ressentir du bien-être en accomplissant le soin comme en le recevant.

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