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Le vieillissement des baby-boomers va influer sur la société...
Une étonnante révélation.

" Le vieillissement des baby-boomers va marquer les cinquante prochaines années‚ selon l’INED" annonce cette semaine un "magazine senior".

Diantre & fichtre ! Quelle révélation !

Le gros de la troupe des "baby-boomers" est née entre 1945 et 1965. Autrement dit, cela fait au moins 40 ans que l’on peut prévoir que la majorité de ces personnes vont grandir-vieillir, faire des études, travailler, être à la retraite, devenir très âgées pour certaines d’entre elles, et mourir.

Les études sur l’augmentation de l’espérance de vie sans incapacités (qui montrent qu’elle augmente plus vite que l’espérance de vie, autrement dit qu’au fil des années, nous devenons vieux de plus en plus tard et nous restons en bonne santé de plus en plus longtemps) ont déjà une bonne vingtaine d’années.

Les études sur le fait que la majorité des entreprises ont profité, profitent et disent vouloir continuer de profiter du départ à la retraite des uns pour... limiter leurs effectifs ont également une bonne vingtaine d’années.

C’est donc depuis 40 ans ou, au pire, 20 ans au moins, que l’on aurait pu prévoir, réfléchir, travailler sur toutes les questions induites par l’avancée en âge de toutes les personnes nées après-guerre.

(C’était sans compter différentes maladies et différents syndromes, dont le fameux "syndrome du cerveau-lent".)

Mais passons. Que nous dit ce document produit par un Institut démographique (un institut démographique français, autrement dit, rien à voir avec le fameux institut démographique shadok, bien connu de nos lecteurs, où d’après nos sources de nombreux chercheurs sont atteints de ce syndrome) ; Que nous dit ce numéro de février 2007 de la revue Population & sociétés, "Bulletin mensuel d’information de l’Institut national d’études démographiques", dont on nous annonce qu’il ne prétend rien de moins que " le vieillissement des baby-boomers va marquer les cinquante prochaines années"... ?

" Les premières générations de baby-boomers, nées juste après 1945, atteignent aujourd’hui l’âge de la retraite. Elles seront aux portes de la grande vieillesse vers 2025... [...] Les cinquante prochaines années vont donc être marquées par des évolutions notables concernant en particulier le renouvellement de la population active, les besoins d’accueil en institution pour personnes âgées et enfin les secteurs d’activité en relation avec la mort."

La revue nous propose ensuite de regarder de près ces trois grandes évolutions notables, et nous apprend quelques informations inédites et, n’ayons pas peur des mots, révolutionnaires pour ceux qui les ont manquées dans les années 1990 :

- que les départs à la retraite nombreux vont peut-être créer des emplois pour les jeunes mais peut-être pas pour tout un tas de raisons (mais peut être un peu quand même...) ;

- que le nombre des "personnes âgées" souffrant de maladies ou de handicaps va augmenter et que donc il faudra peut-être créer des places en établissement mais finalement peut-être pas tant que cela car elles entreront plus tard en établissement (peut-être) mais enfin quand même il faudra en créer plus mais on ne sait pas trop dans quelle proportion ;

- enfin, last but not least, cerise sur le gâteau, summum de la science prospective, prévisionniste et futurologique, nous apprenons que "Finalement, les baby-boomers vont mourir."

Une fois remis de notre surprise, nous apprenons donc que tous ces morty-boomers vont influer : "Cette multiplication du nombre de décès ne manquera pas d’avoir des implications socio-économiques, concernant notamment le système de santé, qui devra prendre en charge un nombre croissant de personnes en fin de vie, et le secteur d’activités qui s’est développé autour de la mort, dont le chiffre d’affaires actuel est de l’ordre, en France, de 1,5 milliard d’euros ".

(Le lecteur attentif remarquera dans cette dernière citation la très particulière logique (qui ne va pas sans nous rappeler celle de nos amis shadoks, atteints ou non du "syndrome du cerveau-lent") : ce n’est pas l’augmentation des personnes très âgées ou malades qui a des implications sur le système de santé (entre autres pour que celui-ci tente d’aider les gens à améliorer leur santé et à mourir moins tôt), mais l’augmentation du nombre des morts qui crée une augmentation des agonisants ayant besoin du système de santé.)

Au-delà des aspects amusants, il faut s’arrêter quelques instants sur l’un des passages de la revue : celui consacré au nombre de places à créer, dans l’evenir, en maison de retraite.

L’auteur nous dit, pour le cas où nous l’aurions raté depuis 20 ans qu’on l’observe, que l’entrée en établissement se fait à un âge de plus en plus élevé au fil des années.

Il remarque donc, à juste titre, qu’il ne faut pas se contenter d’un seul scénario (celui où l’âge d’entrée en maison de retraite en 2030 serait le même qu’aujourd’hui) pour envisager la question. En effet, avec ce scénario-ci, il faudrait augmenter d’ici 2030 la capacité d’accueil en établissements de 70%.

Il indique ensuite qu’il faut donc établir un second scénario, qui tient compte de ce que l’entrée sera plus tardive. Avec ce second scénario, écrit-il : « Une entrée seulement un peu plus tardive en maison de retraite ou en maison de santé spécialisée permettrait de limiter l’augmentation des besoins en capacité d’accueil. A titre d’illustration, si l’entrée en institution se faisait à partir de 80 ans, le nombre de places nécessaires diminuerait dans de nombreux pays. »

Et comme la suite n’est pas très claire et que tous les pays de l’Europe des 15 sont mélangés (alors que la situation de la France et celle de la Lettonie, par exemple, sont très différentes)... il n’en a pas fallu plus pour lire et entendre ces jours-ci, dans les médias français, des affirmations type : "Une étude de l’INED révèle que les structures d’accueil pour personnes âgées ne seront pas forcément insuffisantes."

Or, quand on regarde attentivement le graphique fourni par l’auteur, on s’aperçoit que le scénario 2, EN FRANCE, fait passer l’augmentation de la capacité d’accueil en établissement de 70 % à 64 % !

(Il faut dire qu’il n’est pas très étonnant que ce scénario 2 bne change pas grand chose par rapport au 1 puisque... en France, dès à présent, l’âge moyen d’entrée en ehpad est supérieur à 80 ans... (Serait-ce un "syndrome du cerveau-lent" ?))

Voilà comment, à cause d’une pensée et d’une expression peu claires dans une revue dont les médias, a priori, ne peuvent mettre en doute la qualité , des millions de Français ont pu lire et entendre ces jours-ci que tout allait bien, était suffisant, et pour trente ans, en termes d’hébergement.