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« Si nous nous obstinons à concevoir notre monde en termes utilitaires, des masses de gens en seront constamment réduites à devenir superflues. » Hannah Arendt
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Bancs anti-vieux ?

De nouveaux bancs - mobilier urbain branché oblige - ont fait leur apparition dans quelques nouveaux quartiers.

Observations...

Caractéristiques de ces nouveaux bancs branchés et modernes ("lignes fluides", "matériau d’avenir", etc. : on imagine aisément les tartines écrites par leurs « designeurs ») :

PAS de dossier, PAS d’accoudoir, assise basse.

Bref, l’idéal pour qu’ils ne puissent pas être utilisés par des personnes ayant du mal à se reposer sans dossier, à se relever de si bas sans accoudoir.

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Des bancs anti-vieux, il fallait y penser !

Ou plutôt, il fallait faire des bancs sans y penser. Sans penser que les bancs servaient aussi aux vieux, dans leurs ballades urbaines, pour se poser de temps en temps et se reposer...

Ou papoter pendant des heures. Mais il est vrai que dans une ville moderne, branchée, de vieux oiseaux posés ainsi, pendant des heures, ça fait désordre dans "la fluidité de l’urbanité contemporaine".

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Variation : la légèreté du granit, l’ambiance pierre tombale : sur ceux-là également, ni accoudoirs, ni dossier
et jamais aucun vieux aperçu assis dessus...

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Soyons honnêtes : il faut reconnaître qu’un élément a été pensé pour le premier modèle de ces bancs : cette sorte de nageoire centrale, en métal, pour éviter que les sans domicile qui dorment par terre puissent s’y allonger.

A propos de bancs et de vieux, une nouvelle de Suisse :

« Afin de lutter contre l’isolement des personnes âgées et d’améliorer leurs déplacements, l’Espace Prévention du canton de Vaud en Suisse a mis sur pied un projet intitulé « Bancs Publics » qui démarrera l’année prochaine et qui vise à redonner aux seniors l’envie de sortir de chez eux, de voir du monde et surtout de marcher, selon un article du quotidien en ligne 24 heures.ch.

Vivre à domicile le plus longtemps possible est le vœu de la majorité des personnes âgées et c’est bien légitime. Toutefois, les professionnels constatent que la plupart des aînés qui habitent encore chez eux, ne sortent pratiquement plus de leur appartement : fatigue, peur de l’extérieur, inadaptation des aménagements urbains, etc.

Il est vrai que passé un certain âge, la marche peut vite devenir éreintante et que les aînés ont souvent besoin de faire un petit stop pour se reposer. Dans ce contexte, l’Espace Prévention Aigle-Pays-d’Enhaut-Lavaux-Riviera, une structure suisse qui offre des cours, des activités et des prestations de prévention et de promotion de la santé a mis en place un projet intitulé "Bancs Publics" qui sera lancé dans un premier temps dans un quartier d’Aigle, dans le Chablais vaudois.

"Ce projet a démarré suite à un constat du personnel de soins à domicile s’occupant de personnes âgées" indique Christine Barbey, responsable Espace prévention Aigle-Pays d’Enhaut-Lavaux-Riviera. "En effet, un grand nombre de personnes âgées ne sortent plus ou peu de chez elles, car elles ont des difficultés à se déplacer sur plus de 100 mètres sans se reposer".

D’ici le printemps 2007, la commune d’Aigle, en collaboration avec l’Espace Prévention, va mettre en place trente bancs spécialement conçus pour les seniors selon des itinéraires bien définis et adaptés à leurs besoins : ils jalonneront en fait des parcours reliant les commerces et les différents lieux de rencontres de la ville.

Ces bancs de bois sont surélevés, plus plats et moins profonds. Ils possèdent également des accoudoirs qui permettent de se relever plus facilement et de tenir les cannes des personnes âgées. Ils seront disposés tous les 50 à 100 mètres.

Précisons enfin que ce projet de promotion de la santé a une portée intergénérationnelle car il implique plusieurs générations. En effet, les bancs sont construits par des jeunes sans emploi, et les animations dans le quartier se feront à l’aide des habitants. »

Passons sur la référence un peu fumeuse à « la portée intergénérationnelle » pour, simplement, indiquer : que l’on construira peut-être, dans 20 ans, à Paris, des bancs publics qui ressembleront à ceux d’il y a 30 ans... Mais ce sera fait par 12 experts, 8 études, 6 ingénieurs, de l’intergénérationnel, de la gérontologie, des millions d’euros, etc.
Comme le disent nos amis Shadoks, pourquoi continuer de faire aisément aujourd’hui ce que l’on pourra péniblement accomplir demain ?