La France compte-t-elle huit millions de pauvres ?
Comprendre la mesure de la pauvreté... - Un article de Louis Maurin
mardi 17 février 2009
par Jérôme P.

La France compte huit millions de pauvres, selon le seuil de pauvreté utilisé par l’Insee. Une conception discutable du phénomène. Le point de vue de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

" La France compte huit millions de pauvres selon les données de l’Insee, soit 13 % de la population. Comment est-ce possible, dans l’un des pays les plus riches au monde ? A quoi correspondent ces chiffres ? Publiés au milieu de l’été (voir sur le site de l’Insee), ils n’ont pas entraîné de débat. Pourtant, une telle évolution l’aurait bien mérité.

Deux grands changements ont été opérés dans la mesure de la pauvreté. Tout d’abord, l’Insee a amélioré la mesure des revenus. Après des années de tergiversation, l’institut a intégré une part plus importante des revenus du patrimoine, jusqu’à présent mal pris en compte. En quoi cela a-t-il rapport avec les pauvres, puisque ce sont surtout les riches qui touchent ces revenus ? Cette prise en compte a accru le revenu médian - celui qui partage l’effectif des ménages en deux - autant gagnent moins, autant gagnent plus. En Europe, le seuil de pauvreté est défini de façon relative, en fonction de ce revenu médian. Sa hausse a entraîné une élévation du seuil et celui du nombre de pauvres. En 2005, le seuil de pauvreté équivalent à la moitié du revenu disponible médian - après impôts et cotisations sociales - était de 681 € pour un individu. C’est celui que l’on utilisait le plus souvent jusqu’en juillet dernier. L’intégration des revenus du patrimoine l’a porté à 709 €.

Une autre opération, d’ampleur bien plus importante, a eu lieu. Depuis quelques mois, l’Insee utilise la définition européenne de la pauvreté. Jusqu’à présent, le seuil de pauvreté était équivalent à la moitié du revenu médian. Mais dans les comparaisons européennes, le seuil le plus souvent pratiqué se situe à 60 % du revenu médian. De la cuisine de statisticiens ? Ce saut de 50 à 60 % change tout. Le passage au seuil de pauvreté à 60 % du revenu médian a fait bondir le seuil à 880 € pour l’année 2006. Au bout du compte, le seuil a progressé de 200 € et englobe donc plus de personnes.

Et alors ? Pour certains, afficher un chiffre élevé de pauvres permet de frapper les consciences et d’appeler à la solidarité. La statistique joue un rôle dans le débat public et peut influencer les politiques mises en œuvres, dans un pays où la misère côtoie la grande richesse. Cette pratique est risquée. Pour le comprendre, il faut entrer dans la machine à calculer de la pauvreté, ce que personne ne fait jamais.

[...] "

Lire la suite sur le site de l’Observatoire des inégalités.

Signatures: 0
Date Nom Sites Web Message