Le double discours de Nora Berra
Bientraitance en paroles, maltraitance en actes.
dimanche 29 novembre 2009
par Jérôme P.

Dans la caverne chère à Platon, on aime bien philosopher sur les reflets. C’est ce que propose Nora Berra aux lecteurs du journal Le Monde dans une tribune intitulée "Oeuvrer pour la bientraitance". On peut en lire ici un commentaire détaillé.

Il en ressort, de cette tribune de Nora Berra, que l’essentiel pour la bientraitance est "d’assumer la part de fragilité qui existe en chacun de nous", de "changer le regard que nous portons sur les personnes âgées", de "combattre l’idée [...] que le grand âge est une première mort, de travailler "l’attention à l’autre, la solidarité, [...] l’humanité"...

Jolis mots.

La même semaine, Nora Berra s’exprime sur ce qu’on appelait autrefois le "5e risque" et qui s’apparente désormais à un "projet de loi sur la prise en charge de la dépendance des personnes âgées".

Autrement dit, un projet de loi qui maintiendra la coupure des 60 ans entre les personnes handicapées d’un côté et les "personnes âgées dépendantes" de l’autre. Qui maintiendra les différences de moyens accordés aux uns et aux autres. Qui proposera pour les seules "personnes âgées dépendantes" des formes de recours sur succession plus ou moins déguisées (Mme Berra ne parle plus de "recours sur succession", trop clair, mais de "gage patrimonial") et, surtout, qui tentera d’imposer peu à peu la nécessité d’"assurances dépendance".
Bref, un futur système entièrement destiné à individualiser et à sortir de la logique de solidarité et de mutualisation qui présida à la création de la Sécurité sociale.
Avec un tel système, qui séparera les vieux malades et/ou handicapés des autres personnes malades et/ou handicapées, qui séparera le "risque dépendance" des autres risques, nul doute qu’on oeuvrera pour la bientraitance, pour l’inclusion des personnes âgées dans la société, etc.

Acceptation de notre fragilité commune, de nos dépendances réciproques... Esprit de bientraitance, de prendre-soin des personnes vulnérables, autrement dit de chacun d’entre nous à différents moments de la vie... Esprit de solidarité consistant à mutualiser les moyens de tous les citoyens pour que chacun d’entre eux, quelle que soit sa situation économique, puisse être aidé, accompagné, soigné, dignement, etc. : toute cette belle profession de foi humaniste, que Nora Berra récite dans son papier du Monde comme un étudiant en médecine son cours d’éthique appris rapidement sans le penser, sont en radicale contradiction avec la manière dont elle et le gouvernement auquel elle appartient élaborent cette future loi sur la "dépendance".
A chacun de juger si c’est une forme de schizophrénie, d’art politique ou de vaselinage. Le cumul étant permis.

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Post-scriptum : le discours prononcé par Nora Berra, le 2 décembre 2009, constitue une autre superbe illustration de cet art médiatico-politique de la "déclaration d’intention" consistant à présenter 10 grandes mesures (dites "précises et déterminantes") de lutte contre la maltraitance tout en précisant bien, pour terminer, qu’aucune de ces mesures ne sera "génératrice de dépenses nouvelles"...

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Lire le commentaire détaillé de la tribune de Nora Berra, "Oeuvrer pour la bientraitance"...

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