Un champignon "hospitalier"... (n°28)
témoignage symptomatique
samedi 1er décembre 2007
par Jérôme P.

Un vieux monsieur, renvoyé par un hôpital, en pyjama, sur le trottoir devant chez lui, sans même s’assurer que quelqu’un l’y attend, qu’il en a les clefs...

Place cette semaine à ce témoignage, illustration parmi d’autres, malheureusement, de ces maltraitances que de nombreux hôpitaux, encore, commettent...

Une lectrice de ce site nous écrit :

« ... j’avais envie de vous faire partager ce sentiment de colère et de chagrin ressenti au moment où mon père, cet homme droit, honnête, généreux qui a traversé sa vie en militant, en se battant pour tenter de faire de ce monde un monde plus juste, qui a dû affronter la haine et l’humiliation lors de ses années de déportation... ce moment où il s’est trouvé seul, en pyjama, sur un trottoir face à ce chez-lui dont il n’avait plus les clés, déposé là comme un vieil objet encombrant, vite réparé, dont on ne se soucie plus guère...

Je vous joins le courrier envoyé au directeur de l’hôpital, auquel je n’aurai sans doute jamais de réponse... :

Monsieur le Directeur

Hôpital X. - Paris.

Monsieur le Directeur,

Je me permets de vous adresser ce courrier afin de vous faire part de mon plus vif « étonnement » sur les conditions de prise en charge, au service des urgences, de mon père, M. Robert R., âgé de 85 ans.

En effet, dimanche 18 novembre au matin, mon père est découvert par son épouse, gisant sur le dos dans la salle de bain, une importante flaque de sang sous la tête. Il semble en effet qu’il ait été victime d’un étourdissement et qu’il soit tombé à la renverse, se cognant violemment l’arrière de la tête sur le carrelage. Après quelques minutes d’inconscience, il revient à lui mais, très choqué, est incapable de se relever. Ma mère, âgée de 80 ans, dans l’impossibilité de le soulever, appelle alors les pompiers.

Quelques minutes plus tard, vers 8h30, les pompiers lui prodiguent les premiers soins et décident de le transférer vers le service des urgences de l’Hôpital X. Mon père est donc emmené, en pyjama, sans vêtements de rechange ni même papiers d’identité. En quittant l’appartement, les pompiers conseillent à ma mère, très perturbée par l’accident, de ne se rendre à l’hôpital qu’en fin de matinée et de se munir alors des papiers nécessaires à une hospitalisation.

Je rejoins ma mère à son domicile dans la matinée, prépare quelques affaires personnelles pour mon père qui, je le suppose, restera hospitalisé au moins 24 heures en observation puis nous nous rendons vers 11h15 dans vos services.

Nous apprenons alors par la personne à l’accueil que « Monsieur R. est reparti en ambulance depuis quelques minutes à son domicile ». Je m’étonne que nous n’ayons pas été contactées ; l’infirmière qui l’a pris en charge nous informe que « ce monsieur a indiqué qu’il vivait seul ». Je m’inquiète alors de ces propos, demande s’il n’est pas encore en état de choc et il m’est répondu que « si il tient des propos incohérents, nous pouvons le ramener à l’hôpital »… L’infirmière propose de contacter les ambulanciers pour qu’ils nous attendent devant l’immeuble où habitent mes parents.

Un quart d’heure plus tard, nous les y rejoignons en effet. Je découvre alors mon père, tel qu’il est parti, le haut de son pyjama couvert de sang, les mains également, le pantalon encore mouillé d’urine. Il m’explique alors qu’il a eu 7 points de suture à l’arrière du crâne. Quand je lui demande pourquoi il a déclaré vivre seul, il semble très surpris puis m’explique ne pas avoir compris la question (il n’avait pas ses appareils auditifs) et avoir cru qu’on lui demandait « si il était seul à l’hôpital ».

Une ordonnance pour des pansements et de la bétadine a été confiée aux ambulanciers qui me la remettent. Aucun examen n’a été effectué pour rechercher une éventuelle cause à ce malaise ayant entraîné la chute, aucune radio n’a été faite pour vérifier l’état de son crâne. De plus, aucune consigne particulière n’a été donnée à mon père, encore moins à ma mère ou moi-même, quant aux éventuels symptômes qui doivent l’alerter dans les prochaines heures. Il ne lui a même pas été conseillé d’interrompre son traitement prescrit par le médecin traitant pour fluidifier le sang.

Je suis scandalisée qu’une personne âgée de 85 ans, ayant subi un choc violent, une perte de conscience et une hémorragie conséquente, qui, de surcroît, déclare vivre seul, soit renvoyé, sans clés ni papier, vers un domicile où personne n’est censé l’attendre pour prendre soin de lui.

Est-il normal qu’un hôpital puisse ainsi renvoyer un homme âgé, choqué, sans prendre le soin de s’assurer que l’entourage peut l’accueillir, se contentant d’assurer le strict nécessaire des soins d’urgence ? L’hôpital public en est-il réduit à recoudre les plaies sans plus s’inquiéter du devenir à très court terme des êtres humains qu’il voit passer…

Je vous remercie de bien vouloir me faire part de votre réaction et de me donner les explications permettant de justifier cette prise en charge minimaliste qui, une fois encore, ne me paraît pas être digne de ce que l’on est en droit d’attendre d’un service de santé public.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Directeur, mes salutations respectueuses.  »

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