Pour réduire la pauvreté, va-t-on faire payer… les pauvres ?
Un article de Jean Gadrey
dimanche 1er juin 2008
par Jérôme P.

Pour réduire la pauvreté, va-t-on faire payer… les pauvres ?

par Jean Gadrey,

provenant du site d’Alternatives économiques.

Début de l’article :

" J’ai dans mon texte précédent montré comment Martin Hirsch essayait de faire reculer la pauvreté dans les chiffres plus que dans les faits par une manipulation de l’indicateur de la pauvreté monétaire.

Mais il existe une deuxième modalité tout aussi discutable de réduction des chiffres de la pauvreté, et c’est sur elle que va jouer le RSA (Revenu de Solidarité Active, voir mon blog du 6 décembre 2007). On peut l’illustrer par un exemple fictif. Vous avez 10 pauvres, au sens usuel de personnes dont le revenu est inférieur à un seuil de pauvreté quelconque, et vous voulez en « sortir » trois de la pauvreté. Pour cela, vous choisissez trois personnes jugées « méritantes » (par vous), puis vous ponctionnez sur les sept autres les sommes qui permettent aux trois élues de franchir le seuil. Si cela ne suffit pas, vous ponctionnez aussi les revenus de personnes situées un peu au-dessus du seuil, sans toutefois les faire descendre sous ce seuil. Vous obtenez alors une réduction de 30 % du nombre de pauvres, au prix d’un appauvrissement des très pauvres (les sept non élus), mais aussi des quasi pauvres (personnes à revenus très modestes, bien qu’au dessus du seuil).

Nous allons voir comment le financement du RSA, si on le situe dans l’ensemble des dispositifs publics de lutte contre la pauvreté, joue sur une pure redistribution entre personnes à bas revenus, amplifiant les écarts entre eux.

L’APPAUVRISSEMENT DES PLUS PAUVRES

Ce gouvernement et le précédent ont réalisé depuis 2002 des économies substantielles sur les minima sociaux et les plus petits revenus. Cela avait commencé avant, mais moins nettement.

Pour une personne seule par exemple, le RMI représentait 34,9 % du revenu médian (RM) en 1990, 32,1 % en 2002 et 30,1 % en 2007. Chute plus forte encore pour le minimum vieillesse, qui est passé de 48,7 % du RM en 1990 à 45,1 % en 2002 et 42,5 % en 2007. De même pour les allocations familiales, dont la « base mensuelle » représentait 31,1 % du RM en 1990, 26,9 % en 2002 et 25,4 % en 2007. Si l’on raisonne non plus en termes relatifs (en pourcentage du RM) mais en termes « absolus », on trouve que le pouvoir d’achat de ces revenus a diminué de plus de 1 % depuis 2002, alors qu’il avait un peu progressé entre 1990 et 2002. Ces chiffres figurent dans une note de l’OFCE du 16 janvier 2008 dont les calculs utilisent, faute de mieux, l’indice général des prix pour calculer les évolutions du pouvoir d’achat. Mais comme l’inflation qui affecte les budgets modestes est supérieure à la moyenne, la réduction de leur pouvoir d’achat est plus forte encore que ce qu’indiquent ces chiffres.

Or, laisser stagner ou diminuer le pouvoir d’achat des minima sociaux pendant cinq ans (2002-2007) alors que la richesse nationale par habitant, le revenu médian et les recettes publiques ont progressé, CE N’EST RIEN D’AUTRE QUE REALISER DES ECONOMIES SUR LE DOS DES PAUVRES. Toute politique qui n’assure pas une indexation des minima sociaux et des plus petites retraites sur le revenu médian appauvrit les pauvres, si l’on admet que la pauvreté (monétaire) est une situation qui s’évalue de façon relative, question déjà évoquée sur ce blog."

(...)

Suite de l’article sur le site de l’auteur.

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