Le scandale des médicaments anti-Alzheimer ?
Extrait d’une entrevue de Christian Lehmann
jeudi 6 janvier 2011
par Jérôme P.

Dans une toute récente entrevue publiée sur Médiapart, « Après le Mediator, le scandale à venir est celui des traitements anti-Alzheimer ! », cette opinion de Christian Lehmann, médecin et écrivain, sur laquelle je reviendrai dans quelques temps.

" Vous évoquiez le scandale à venir des médicaments anti-Alzheimer, de quoi s’agit-il ?

C.L. : Ce sera un scandale sanitaire dans dix ans, et parce que les choses seront un petit peu plus faciles pour les donneurs d’alerte aujourd’hui, je dirai clairement ce qui apparaît en filigrane depuis au moins dix ans dans le British Medical Journal, dans le New England Journal of Medecine, dans la revue Prescrire : les médicaments anti-Alzheimer coûtent des sommes criminelles à la sécurité sociale, à côté desquelles le Mediator c’est du pipi de chat.

Ces médicaments ne retardent pas l’entrée en établissement spécialisé des patients atteints, ces médicaments n’arrêtent pas leur dégradation. A peine ont-ils permis à certains items sur certains tests d’être un peu meilleurs pendant un bref moment, et ils peuvent entraîner des accidents vasculaires cardiaques et cérébraux graves. On est devant une machine à côté de laquelle le Mediator, ce n’est pas grand-chose même si beaucoup de gens en ont pris.

Pour l’Alzheimer, on a des familles qui viennent voir des gérontologues et qui demandent ce qu’elles peuvent faire pour leurs grands-parents, et qui sont évidemment pieds et poings liés par ce qui leur est dit. On est donc en face de quelque chose de dramatique et on pourra dans quelques années, mais il faudra dix ans, décrypter le document de la Haute autorité de santé sur les anti-Alzheimer qui est sorti il y a un an et demi, un document qui a amené la revue Prescrire à attaquer violemment la Haute autorité de santé sur le conflit d’intérêts de ses experts.

Le document sur les anti-Alzheimer est obligé de reconnaître qu’ils ne ralentissent pas l’entrée en établissement, qu’ils n’améliorent pas les possibilités cognitives des patients mais, dit-il dans un langage extraordinaire, ils permettent de les mettre dans la filière gériatrique, et à cette filière de fonctionner. Autrement dit, pour que demain la dépendance puisse être un juteux marché pour les assurances privées surtout ne mettons pas en cause un médicament qui donne l’illusion aux gens d’être traités, quand ce qui importe autour d’un patient Alzheimer, c’est la qualité de l’accompagnement humain. "

— 
P.S. :

Pour dès à présent aller lire un peu autour de la question, quelques liens :

Le document de la HAS dont parle C. Lehmann est en ligne ici au format pdf

La synthèse de cette étude par la revue Prescrire : http://www.prescrire.org/aLaUne/dossierAlzheimerASMR.php

L’article du Formindep sur les conflits d’intérêts importants des "experts" de la HAS sur ces questions liées à la maladie d’Alzheimer : http://www.formindep.org/spip.php ?article340

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